Ann. 1767.Mai.
2.18 Voyage
beaucoup de pluie. Le vent, qui continuoit à fouf-fler fortement le matin du 21 , le long de la côte,nous faifoit fouvent chalTer fur nos ancres, quoiquenous euffions 200 braflès de cable en avant, le ri-vage étant d’un fable mobile & fin qui cède aifément.La tempête cependant ne nous caufa point de dom-mage ; mais la pluie étoit fi violente & la mer fi grofi’e,que l’on ne pouvoit rien entreprendre avec les ba-teaux, ce qui étoit d’autant plus mortifiant, que dansla feule vue de completter nos provifions d’eau, nousavions travaillé fans relâche pendant cinq jours &cinq nuits pour regagner l’endroit où nous étionsalors. Sur les huit heures du foir, le vent fe calma,il étoit trop tard pour aller chercher de l’eau, maisj’expédiai un bateau , & j’envoyai trois hommes àterre, vis-à-vis du vailfeau , pour tuer des veaux ma-rins , & tirer de leur graille une huile qui pût nousfervir à la lampe & à d’autres ufages.
Le vent fut très-fort le lendemain au matin 22 ,mais comme il fouffloit de l’O. N. O., c’eft-à-dire.dela terre , nous dépêchâmes les bateaux dès qu’il futjour, & ils revinrent fur les dix heures chargés d’eau& d’un grand nombre de pintades. Ils reçurent cesoifeaux de nos gens qui étoient à terre, & qui leurdirent que loriqu’il faifoit du vent la nuit , ces ani-maux fe précipitoient en fi grande quantité auprès deleur feu, qu’ils avoient beaucoup de peine à les enécarter , de manière que pendant le vent de la nuit der-nière , ils n’en avoient pas attrapé moins de fept cents.Les bateaux travaillèrent tout le jour à conduire de