du Capitaine Carteret. ii J
de leur propre bouche le récit de leurs aventures. Tant — —
qu’il fut jour, ils s’étoient flattés, ainfi que ceux qu’ilsavoient laiffés dans le bateau, de pouvoir fe rejoin-dre ; mais Iorfque l’épailfeur de la nuit ne fut diflipéeque par la lueur des éclairs, & que la tempête de-vint à chaque inftant plus furieufe, ils pensèrent queleur réunion étoit impolîible , fi le bateau reftoitau même endroit , & que probablement les gensqu’ils y avoient laiffés avoient pourvu à leur furetéen retournant au vaifîeau. Il étoit également au-def-fus de leurs forces , au milieu des ténèbres & de latempête, de gagner la tente de leurs compagnons.
Ils furent donc réduits à palier la nuit dans l’endroitoù ils étoient, fans rien avoir pour les défendre dela pluie & du froid qu’ils commençoient à fentirdans toute leur rigueur. La néceffité eft ingénieufe $ils trouvèrent une reffource palfagère pour fe ré-chauffer & fe mettre à l’abri de la pluie, en fe cou-chant l’un fur l’autre, & chacun à fon tour au milieu.
On peut bien croire que dans cette fituation, ils déli-rèrent ardemment l’aube du jour. Dès qu’elle parut,ils le mirent en marche du côté de la tente. Ils furentobligés d’aller le long de la côte de la mer, car lechemin dans l’intérieur du pays étoit impraticable. Cen’eft pas-là ce qui leur arriva de pis ; ils étoient arrê-tés fouvent par de hautes pointes de rochers efcar-pés , ce qui les forçoit de s’écarter dans la mer àune diftance confidérable , pour en faire le tour à lanage : s’ils n’avoient pas pris ce grand détour , ilsauroient été mis en pièces contre les rochers par lahoule, & ce parti - là même , les expofoit à chaque