H4 Voyage
— mèrent au vaiffeau un roulis extraordinaire, & rompi-Akn. 1767. rent l a vergue de la voile d’artimon , précifément àMai * l’endroit où cette voile étoit rifée. Si nous avions tardéd’une minute à remonter le bateau , il auroit infailli-blement fait naufrage ; & toutes les perfonnes à bordauroient péri. Cette tempête continua jufqu’à minuit,lorfque le vent fe calma un peu, de manière que nouspûmes hiffer nos balles voiles & nos huniers. Je de-mandai à M. Gower comment il avoit tardé lî Iong-tems de revenir au vaiffeau , il me répondit qu’aprèsêtre arrivé près de l’endroit où il vouloir remplir lesfutailles, trois de fes hommes les avoient traînées à lanage à terre pour cela , mais que dans peu de minu-tes , la houle monta fi haut , & brifa avec tant defurie fur la cote, qu’il leur fut impoffible de revenirau bateau ; que ne voulant pas les abandonner ,parce qu’ils étoient entièrement nuds, il les avoit at-tendu , dans l’efpoir de trouver une occafion favora-ble pour les reprendre à bord ; & qu’intimidé parl’apparence du tems & l’extrême obfcurité de la nuit,il avoit été enfin obligé, malgré toute fa répugnance,de s’en revenir fans eux. La fituation de ces pauvresmalheureux me fourniffoit un nouveau fuiet d’inquié-tude & de chagrin; ils étoient nuds fur une Ifle dé-déferte , fort éloignés du lieu de l’aiguade où leurs com-pagnons avoient dreffé une tente ; fans alimens, fansabri, au milieu de la nuit, accablés par une pluieviolente de continuelle, de qui étoit accompagnée detonnerre & d’éclairs plus terribles que ceux qu’onéprouve en Europe. Le foir du 19, cependant, j’eusla fatisfa&ion de les recevoir ù bord , de d’entendre