du Capitaine Carteret. 213
voifine de nous, & fachant combien tous les délaism’impatientoient , m’offrit d’y aller avec le bateau, An ^[ I7<?7 '& de remplir autant de futailles qu’il en pourroit ra-mener. J’acceptai cette propofition avec joie, & M.
Gower partit. En l’attendant je fis une bordée au lar-ge avec le vaiffeau ; il s’étoit à peine écoulé une heure ,que le tems devint nébuleux , lèvent fraîchit, &un brouillard épais & noir couvrit l’Ifle de manièrequ’il cachoit le fommet des collines : bientôt aprèsnous eûmes un tonnerre & des éclairs effrayans.
Comme cet orage nous annonçoit un grand danger,je portai vers l’Ifle dans l’efpoir de rencontrer le ba-teau. Nous rangeâmes la côte le plus près qu’il nousfût poflible, mais nous ne l’apperçûmes point. La nuitfurvint, & l’épaiffeur du brouillard la rendit extrême-ment fombre ; le vent augmenta & la pluie com-mença à tomber avec beaucoup de violence. Danscette fituation je mis à la cape fous une voile d’artimonbalancée ; je fis tirer des coups de canon & allu-mer des feux, afin de donner des fignaux au bateau.
Voyant qu’il ne revenoit point, fans pouvoir en expli-quer la raifon , je tombai dans l’inquiétude la plusaccablante; je n’avois que trop lieu de craindre qu’iln’eût fait naufrage. 11 n’eft pas poflible d’exprimerla fatisfaélion que je reffentis lorfqu’il arriva fur lesfept heures, fain & fauf; je m’appercevois depuislong-tems qu’une tempête s’apprêtoit à fondre furnous; nous le remontâmes à bord avec toute la promp-titude poflible. Heureufement nous ne perdîmes pointde tems , car , quand il fut mis à fa place , nouseffuyâmes des raffales, qui, dans un inftant, impri-