du Capitaine Carteret. 205
notre vergue d’artimon , à l’endroit où la voile étoitrifée & un cap de mouton , & mit pendant quel-ques minutes tout le bâtiment fous l’eau. Nous fû-mes cependant affez heureux pour hiffer la grandevoile fans la déchirer, quoique nous euffions alors unouragan & qu’un déluge de pluie, ou plutôt de glaceà moitié fondue , tombât fur nous. Le vent bientôtaprès fauta encore du N. O. au S. O. , 6c il foufflal’efpace d’une heure plus fortement que jamais; ce ventamena le cap du vaiffeau direélement contre la grofî’emer que le vent'N. O. avoit élevée , 6c à chaque pasqu’il faifoit, l’extrémité du mât de beaupré fe trouvoitfous l’eau ; les vagues rompoient fur le château-d’avantjufqu’au pied du grand mât aulli fortement que fielles euffent brifé fur un rocher ; de forte que nousavions tout lieu de craindre que le bâtiment ne coulâtà fond : avec tous fes défauts, c’étoit certainement unbon navire , fans cela il eût été impoflible qu’il réfiftâtà la tempête. Nous éprouvâmes dans cette occafion, ainfique dans plufieurs autres, combien il nous étoit avan-tageux d’avoir fait des cloifons fur l’avant du demi-pont 6e fur l’arrière du château-d’avant.
L e vent étoit bon , mais nous n’osâmes pas ymettre le cap du vaifTeau ; car fi en virant , quel-ques - uns de ces énormes flots avoient brifé fur l’oncôté , ils auroient sûrement emporté tout ce qui feferoit trouvé devant eux. Quelque tems après cepen-dant la mer fe calma , nous drefsâmes nos vergues6t nous fîmes voile , gouvernant au N. N. O. Com-me nos gens avoient été debout toute la nuit 6c qu’ils