Ann. 1767.Avril.
Mai.
104 Voyage
vent continuoit dans toute fa fureur , & les voi-les étant extrêmement mouillées , elles fe collè-rent fi bien aux mâts & aux agrêts, qu’il étoit àpeine poflible de les hifler ou de les abattre. Cepen-dant nos gens travaillèrent avec tant d’ardeur & d’a-dreffe que nous hifsâmes la grande voile , carguâmesle grand hunier , & virâmes le vailfeau fans recevoirbeaucoup de dommage ; le vent foufHa pendant plu-fieurs heures , mais avant l’aube du jour, il fauta derechef au N. O., & continua dans ce rumb jufqu’àl’après - midi du 29 , tems où il s’appaifa , & nouseûmes calme tout plat l’efpace de fix heures. Nousn’étions pourtant pas hors de danger, une mer groffechalfoit les flots de tout côté en grande confufion ;& en brifant contre le vailfeau , lui imprimoit unroulis fi violent &c li fubit, que je m’attendois à cha-que in fiant à perdre nos mâts. Enfin , il s’éleva unbon vent de l’O. S. O. , & nous forçâmes de voilespour en profiter. Il fut très*- fort dans cette direc-tion avec une grolfe pluie , pendant quelques heu-res , mais à midi il retourna au N. O. fon rumb or-dinaire, & il fut fi impétueux, que nous fûmes obli-gés de naviguer une fécondé fois fous nos balles voi-les; il y avoit en même-tems une houle prodigieufequi rompoit fouvent lur nous.
Le lendemain au matin , premier Mai, à cinq heu-res, comme nous marchions fous la grande voile rifée& la voile d’artimon balancée , un grand coup demer inonda le gaillard où les rames du vaifîèau étoientattachées , & en emporta fix : elle rompit aulfi