ï 5 8 Voyage
^ ± r -± r r- deux Matelots moururent k Tinian de la fièvre , &plufieurs autres furent attaqués de cette maladie aprèsêtre guéris du fcorbut. Je ne puis m’empêcher decroire que le climat de cette Ifle ne foit très-mal-fain,du moins pendant la faifon où nous y fommes venus :les pluies y font violentes & prefque continuelles , &la chaleur y eft fuffifante. Le thermomètre refté k bordfut généralement à 8 6 à , ce qui n’eft que 9 d au-deftùs de la chaleur du fang : s’il eût été à terre,
il auroit monté beaucoup plus haut. J’avois été fur lescôtes de Guinée, aux Indes Occidentales & dans l’IfleSaint-Thomas qui eft fous la ligne , & je n’avois ja-mais éprouvé une fi vive chaleur. Mais un ciel brûlantn’eft pas le feul défagrément qu’on rencontre danscette Ifle ; en y voit une quantité de mille-pieds, defcorpions & de groftes fourmis noires dont les morfu-res font également dangereufes ; il s’y trouve encoreune infinité d’infecles venimeux qui nous éroient en-tièrement inconnus, & qui nous furent très-incommo-des ; leurs piquûres caufoient des douleurs aiguës, &nous tremblions de nous mettre au lit : on n’en étoitpas plus exempt k bord que fur le rivage ; ces infec-tes, qui y avoient été portés avec le bois, avoient prispofleftion de tous les recoins , & ne laiffoient aucunrepos aux Matelots , en quelqu’endroit qu’ils fe lo-geaient.
Aussitôt que nos tentes furent drefîees & qu’oneut tout difpofé pour le traitement des malades, j’en-voyai du monde pour reconnoître les retraites du bé-tail : on parvint k en découvrir quelques-unes, mais a