H4 Voyage
' fes lames qui battoient toute la cote , en défendoient
ANN.i 7 6 f . I’ acc £ s de toute part. Nous nous apperçûmes bientôtJUin ‘ que l’Ifle étoit habitée , plufieurs Indiens parurentfur la grève, armés de piques de feize pieds au moinsde longueur ; ils allumèrent plufieurs feux , que nousfuppofâmes être des fignaux, car l’inftant d’aprèsnous vîmes briller des feux fur l’autre Ifle qui étoitau vent k nous , ce qui nous confirma qu’elle avoitauffi des habitans.
J'envoyai un canot armé, fous les ordres d’unOfficier, pour chercher un mouillage; mais il revintavec la défagréable nouvelle qu’il avoit fait le tourde rifle fans avoir trouvé de fond k une encabluredu rivage qui étoit bordé d’un rocher de corail très-efcarpé. Le fcorbut faifoit alors parmi nos équipagesle plus cruel ravage ; nous avions plufieurs matelots furles cadres; ces pauvres malheureux qui s’étoient traî-nés fur les gaillards’, regardoient cette terre fertile,dont la nature du lieu leur défendoit l’entrée, avecdes yeux où fe peignoit la douleur; ils voyoient descocotiers en abondance , chargés de fruit, dont lelait eft peut-être le plus puiflant antifcorbutique qu’ily ait au monde : ils fuppofoient avec raifon qu’il de-voit y avoir des limons, des bananes & d’autres fruitsqu’on trouve généralement entre les tropiques ; &pour comble de défagrément, ils voyoient les écaillesdes tortues éparfes fur le rivage. Tous ces rafraîchif-femens qui les auroient rendus k la vie , n’étoient pasplus a leur portée que s’ils en euflent été fépares parla moitié du globe ; mais en les voyant, ils fentoient