Ann. 1764.Décemb.
yi Voyage
quelques rafraîchiffemens , je traverfai le Cap, pourreconnoître la direction du détroit, & je trouvai qu’elleétoit à-peu-pres O. N. O. Les montagnes me paru-rent dans l’éloignement d’une hauteur immcnfe, tail-lées à pic , & couvertes de neige, depuis leur fommetjufqu’à leur bafe.
Je fis aufli quelques incurfions le long de la côtedu Nord ; & pendant plufieurs milles le pays fepréfentoit fous un afpe& bien propre à intérefîer lacuriofité d’un Voyageur : la terre, en quelques en-droits , étoit couverte de fleurs , qui n’étoient infé-rieures à celles qu’on cultive communément dans nosjardins, ni par la variété & l’éclat de leurs couleurs,ni par le parfum qu’elles exhaloient. Je ne puis m’em-pêcher de croire que, fans l’extrême rigueur des hivers,ce pays deviendroit, par la culture , une des plus bellescontrées du monde. Lorfque nous vînmes mouillerdans cette baie, j’avois fait dreffer à l’entrée d’un boisune petite tente fur le bord d’un ruiffeau où trois lavan-diers étoient occupés. Ils s’endormirent fur les bordsde ce ruiffeau ; mais bientôt après le coucher du foleil,ils furent réveillés en furfaut par les rugiffemens dequelques bêtes féroces , dont les ténèbres de la nuit& l’efpèce d’abandon où ils fe trouvoient dans ce lieufolitaire augmentoient encore l’horreur à leur imagi-nation effrayée. Ces hurlemens, qui devenoient à cha-que inftant plus aigus, annonçoient que les bêtes ap-prochoient de plus en plus ,• & que , quelle qu’en fûtl’efpèce, elles dévoient être d’une taille & d’une fores