Ann. 1764.N«emb,
lz Voyage
une heure avec toute la circonfpeétion pofîible, ce quenous avions pris pour la terre s évanouit tout d’uncoup, & nous fûmes convaincus, à notre grand éton-nement , que ce n’avoit été qu’une terre de brume.
J’A 1 été prefque continuellement en mer depuisvingt-fept ans , ôc je n’avois point d’idée d’une illufionfi générale & fi foutenue. Néanmoins d’autres Navi-gateurs ont été également trompés. Il n’y a pas long-tems qu’un Maître de vaifïeau jura qu’il avoir vu uneifle entre l’extrémité occidentale de l’Irlande & Terre-Neuve, & qu’il avoit même diftingué les arbres qui ycroiffent. Il eft cependant certain que cette ifle n’exiftepoint, ou du-moins qu’aucun vaifTeau n’a pu la décou-vrir. Il n’eft pas douteux que, fi le tems ne fe fût paséclairci allez promptement pour faire difparoître à nosyeux ce que nous avions pris pour la terre , tout cequ’il y avoit à bord auroit fait ferment qu’il avoit dé-couvert la terre à cette hauteur. Nous nous trouvionsalors par les 43 d 46 ' de latitude S. , & 60 d ' de lon-gitude O., & la déclinaifon de la bouffole étoit de 19 d3c/ vers l’Eft.
Le lendemain , 13 , fur les quatre heures après-midi , le tems étant très-beau , les vents fautèrent toutd’un coup au S. O. , d’où ils commencèrent à foufheravec furie ; le ciel de ce côté fe couvrit de nuages noirs:dans l’inftant tout l’équipage, qui s’étoit afl'emblé furle pont, fut alarmé d’un bruit fubit & extraordinaire,femblable au mugiflèment des flots agités. ‘J’ordonnaifur le champ qu’on amenât les huniers ; mais avantqu’on pût le faire, je vis la mer ? foulevée en d’énormes