LÉONARD DE VINCI. 105
de toutes les parties du monde, tandis que la plu-part des ouvrages de l’autre ont été maltraités àl’envi par les hommes et par le temps, et quelque-fois par lui-même (i). Surtout il ne faut pas ou-blier que Léonard, mort presque septuagénaire,ne connut aucune espèce de décadence, et qu’ileut le privilège de présenter jusqu’à la fin le spec-tacle prodigieusement rare d’un équilibre parfaitentre des facultés éminentes. Bien plus, et c’estainsi qu’il efface et tous les artistes de son siècleet la plupart des grands hommes, il y eut en luiune faculté qui grandit et s’éclaira d’une lumièreplus vive à sa dernière heure, ce fut la facultéd’appréciation rétrospective, qui, appliquée à sesœuvres d’art, fit sortir de son cœur vraimentcontrit et humilié, cet acte de repentir qui estaussi un fait mémorable dans l’histoire de 1 art,acte généreux et trop rarement imité, par lequelil se reconnaît coupable envers Dieu et envers leshommes pour avoir souillé son imagination etcelle d’autrui par des compositions sur lesquellesun œil pudique ne devait pas s’arrêter. On peutjuger combien sa mort fut sainte par 1 aveuqu’elle arrache à Yasari lui-meme, ce froid et par-tial biographe qui, après en avoir raconté les par-
ti) Je donnerai ailleurs la liste des tableaux de Léonard quiont été perdus.