320
l’aut chrétio .
naître; il faut encore s’associer, par une sympathieforte et profonde, à certaines pensées religieusesqui ont préoccupé plus particulièrement tel artistedans son atelier, ou tel moine dans sa cellule, etcombiner les effets de cette préoccupation avec lesdispositions correspondantes parmi leurs conci-toyens. Cette condition est extrêmement difficile àremplir pour nous qui n’avons pas respiré l’atmos-phère de poésie chrétienne au sein de laquelle lesgénérations d’alors ont vécu , et le plus souventnous passons avec un superbe dédain devant despeintures miraculeuses qui ont exercé l’influencela plus délicieuse sur une quantité innombrabled’âmes humaines dans le cours de plusieurs siècles.Nous ne réfléchissons pas cpie cette image muettede la Madone et de l’Enfant-Jésus a parlé un langagemystérieux et consolant à plus d’un coeur assezhumble et assez pur pour le comprendre, et qu’iln’y a peut-être pas de larmes plus précieuses devantDieu que celles qui ont mouillé la pierre de cesmodestes oratoires. C’est dans les vies des Saints,bien plus que dans celles des peintres, qu’il fautchercher la preuve de ces rapports intéressantsentre la religion et l’art. Saint Bernardin de Sienneallait tous les jours hors de la porte Cornolü, surla route qui conduit à Florence, et là il passait delongues heures en prières devant une Madone qu’ilpréférait à tous les chefs-d’œuvre exposés dans leséglises, et dont il aimait à s’entretenir ensuite avecsa cousine Tobie, qui était la confidente de son