LA EEXAISSANCE ET LA PAPAUTÉ. 135
sous forme de brefs et le disputant à sa ville natalecomme il aurait disputé une place forte ou une mined’or qui lui aurait fourni les moyens d’enrichir oud’embellir sa capitale.
Quelque bonne opinion qu’on puisse avoir del’esprit de Jules II, il est difficile de supposer qu’ilait soupçonné d’avance le parti qu’il allait tirerde cette précieuse conquête. Il pouvait savoir queMichel-Ange était le plus grand sculpteur de sontemps et même le fondateur d’une nouvelle école,et c’était pour cela qu’il le chargeait de lui faire untombeau qui devait surpasser tout ce que le moyenâge et la renaissance avaient produit de plus gran-diose en fait de sculpture sépulcrale; mais commentpouvait-il deviner les facultés encore latentes de cemystérieux artiste qui n’avait pas exercé son ciseausur les sujets où il devait rester sans rival? Commentsurtout pouvait-il deviner qu’en lui mettant, pourainsi dire, de force et sans apprentissage préalable,un pinceau dans la main, il lui ferait produire, dansla sphère la plus sublime de l’art chrétien, c’est-à-dire dans celle des grandes représentations bibli-ques, des chefs-d’œuvre qui n’ont cessé de faire, jene dis pas l’admiration, mais la stupéfaction de tousceux qui les ont véritablement compris ? On voitque je veux parler ici de la statue de Moïse et desfigures de sibylles et de prophètes qui sont tracéessur la voûte de la chapelle Sixtine.
Les peintures de Raphaël devaient naturellementavoir moins de charmes pour une imagination ar-