LA RENAISSANCE ET LES MÉDICIS. 291
soit par l’incompatibilité d’une pareille distinctionavec les institutions républicaines. Florence, enproscrivant l’aristocratie militaire, et en se laissantgouverner par les hommes d’argent, ne pouvait pasattacher un grand prix aux monuments destinés àentretenir l’émulation guerrière ; et cela fit que sesgrands artistes ne purent trouver qu’au dehors lesoccasions d’immortaliser des héros. En cela, Dona-tello lut moins heureux que son successeur Veroc-cbio; car Bartolomeo Coleone fut un personnagevéritablement héroïque, tandis que Gattamelata deNarni, àuquel les Vénitiens chargèrent Donatellod’élever une statue équestre sur la place la plusfréquentée de Padoue, ne fut guère qu’un brave ethabile condottiere, capable d’inspirer de la recon-naissance et de la peur, mais point d’enthousiasme.
La preuve que l’artiste fut content de son oeu-vre, c’est qu’il y inscrivit son nom. Il y a dans lapose du cavalier une simplicité, qui prouve que l’é-tude des modèles antiques n’avait pas été perduepour Donatello, bien qu’il ait paru souvent attachertrop peu de prix à cette qualité. Il est probablequ’il ne se sentit pas suffisamment inspiré par lecaractère personnel du condottiere ; car, pour peuqu’on examine de près les deux parties constituantesde ce monument vraiment grandiose, on ne peuts’empêcher de remarquer que c’est surtout le che-val qui mérite d’être appelé un chef-d’œuvre.
Il faut encore placer dans la catégorie des sculp-tures monumentales, les tombeaux qu’il fut chargé