XXVI
l’art chrétien,
les institutions, à commencer par celle des Vestales,préposées à la garde du feu sacré, et punies de mort,s'il venait à s’éteindre ou si elles cessaient d être chas-tes. Mais ce n’est pas la chasteté active comme dansles déesses et les héroïnes de la Grèce; c’est la chastetépassive, se dévorant elle-même, faute de trouver unaliment hors de soi. On pourrait dire que c est unesorte de transition pour arriver à la chasteté contem-plative des vierges chrétiennes et à l’immolation vo-lontaire, point culminant de l’idéal évangélique. Il estbeau de voir, dans les annales de ce grand peuple, ledéveloppement de cette notion de dévoûment person-nel à l’intérêt de tous, intérêt temporel d’ahord, maisqui est un acheminement providentiel vers des inté-rêts d’un ordre plus élevé: pour cette double mission,il faudra des qualités héroïques et presque surhu-maines, dont l’acquisition demandera une vigoureusegymnastique du corps et de l’âme. Les guerres inces-santes et les institutions républicaines pourvoiront lar-gement à la première. Les habitudes d’abnégation,transformées en seconde nature et formant la base del’éducation domestique, pourvoiront à la seconde.Elles circuleront dans le corps social comme une sèvevivifiante et presque sanctifiante, et elles inspirerontà la fois de grandes actions et de grandes pensées ; etces grandes pensées revêtiront les plus belles formesdans les chefs-d’œuvre du génie national. De là unpatriotisme d’un genre tout nouveau et qu’il sera dif-ficile de ne pas pardonner, même quand il paraîtra