68 de l’esprit des lois.
pourra rien acquerir; il vaudroif, bien mieuxqu’il n’eüt de commerce avec aucune nationdu monde : c’est le commerce qui, dans lescirconstances oü il se trouvoit, l’a conduit ä lapauvrete.
Un pays qui envoie toujours moins de mar-chandises ou de denrees qu’il n’en recoit, semel Iui-meme en equilibre en s’appauvrissant:il recevra toujours moins, jusqu’a ce que, dansune pauvrete extreme, il ne reeoive plus rien.
Dans les pays de commerce, Fargent quis’est tout a coup evanoui revient, parcequeles etats qui l’ont recu le doivent : dans lesetats dont. nous parlons, I’argent ne revientjamais , parceque ceux qui l’ont pris ne doi-vent rien.
La Pologne servina ici d’exemple. Elle n’apresque aucune des clioses que nous appelonsles effets mobiliers de Funivers, si ce n’est lebled de ses terres. Quelques seigneurs posse-dent des provinces entieres ; ils pressent lelaboureur pour avoir une plus grande quan-tite de bled qu’ils puissent envoyer aux etrari-gers, et se procurer les choses que demandeleur luxe. Si la Pologne ne commercoit avecaucune nation, ses peuples seroient plus lieu-veux. Ses grands, qui n’auroient que leur bled,le donneroient ä leurs paysans pour vivre; detrop grands domaines leur seroient a Charge,iis les partageroient ä leurs paysans : tout lemonde trouvant des peaux ou des laines dansses troupeaux, il n’y auroit plus une depense