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ffüé tout l’Empire , fi les Tartares de Samahania ou Samar-cani , n’euirent arrêté leurs conquêtes par jalouùe. Ceux-ci,qui avoient déjà ravagé une grande partie des Etats de lAue,entrèrent dans la Chine par les provinces de Xenii & de ou-chuen , & chafiTérent les Vertares du Kin hors du Catay; ^ puisayant livré plufieurs combats aux Chinois, ils fournirent a leurpuiflance toutes les provinces du Mangin, de établirent fur lethrône la famille d’Ivéna vers Pan 1278. Mais i’an 13Ô8, leSacrificateur Chu, Chef de la famille de T. aiminga * chalfa cesUfurpateurs ; & les fucceifeurs de Chu gouvernèrent l'Empirejufquen 1644 > que les Tartares de Kin rentrèrent dans la Chi-ne , dont ils jouïiïent maintenant. Tfumté a été le premierEmpereur Tartare, auquel a fuccedé fon filsXunchi, puis Yun-chi. Ces Tartares demeurent ordinairement fous des tentes oupavillons faits d’étoffes de foye cirée ou de peaux. Ils s’habil-lent le plus fouvent de peaux, & quelquefois ils ont des habitsde foye & de coton Ils portent leur cimeterre du côté gauche;mais la poignée eft levée par derrière: de forte qu’étant ache-vai ils peuvent aifément tirer leur épée de la main droite, fansy employer la gauche. Leur bonnet d’hiver eft bordé d’uneriche fourrure de caftor ou de marte zibeline; mais l’été ils por-tent un bonnet de jonc. Us parodient plus civilifez que les au-tres Tartares, peut-être à caufe du voifinage de la Chine. Ilsfont plus Soldats que les Chinois, & s’accoutument à la fati-gue dès leur jeunefle. A l’égard de la Religion, ils n’en ontprefque aucune. Plufieurs d’entre eux ont en horreur le Ma-hométifme & les Turcs. Peut-être que leur haine eft venuede ce que les Turcs aidèrent autrefois les Chinois à les chaf-fer : ce qui arriva fous le régne du Fondateur de la famille deTaiminga, lorsque les Chrétiens, fit les Neftoriens principale-ment prirent le parti des Tartares. Le Roi de la Chine eftnéanmoins Mahométan , & une partie de fes anciens Sujets aemprunté plufieurs fuperilitions des Indiens; car ils ont des Sa-crificateurs appeliez Lamas , pour lelquels ils ont beaucoup devénération. Us paroiffent fort difpofez à recevoir la ReligionChrétienne, & il y en a même déjà plufieurs qui en font pro-feffion. Leur Langue a quelque affinité avec celle des Perfes.En lifant ils commencent au haut de la page & finiflent au bas,comme ceux de la Chine, continuant de la droite à la gauche,comme les Hébreux & les Arabes: ce qui eft aufli commun àtous les peuples de la Chine. * Martini, Defcription de la Chi-ne dans le recueil de Tbevenot, vol. 3.
TARTARES NOGAYS, peuples voillns des Tarta-xes de Précop, habitent les environs de la prefqn’ifle de Crimou Krim, vers laCircaffie, la Mofcovie, la Pologne & la Mol-davie. Ces Tartares n’ont point de villes, mais un grand nom-bre de cabannes qu’ils tranfportent fur des chariots. Ils obéïf-fent à des Princes particuliers, qu’ils appellent Cbankariers, c’eftà dire, Chef des Hordes ou troupes, & peuvent faire environcinquante mille hommes de cheval. Us font Mahométans ; maisils n’obfervent pas religieufement les loix de cette Seéle. LesCoggia ou Doèteurs & Prêtres ne vont point parmi eux, parcequ’ils ne fe peuvent accoutumer à leur façon de vivre. Ils fenourrlffent de viande & de lait fans pain, & prennent pourboiffon du lait aigre de vache, mêlé avec de l’eau. Aux joursde Fête ils boivent du lait de cavale, préparé avec des grainsd’orge. Us ont quantité de bons pâturages dans leurs plaines,du bétail en abondance, des chevaux fauvages, des cerfs, desloups-cerviers, des élans, des renards & des ours, dont ilsvendent les peaux, qui font leurs plus ordinaires marchandifes,avec le beurre & des Efclaves. Ces peuples ne veulent pointd’argent ; mais ils prennent en troc de la toile de coton, desdraps, des peaux de maroquin, des couteaux & autres merce-ries. Ils font difformes à voir, & n’ont aucune honnêteté nicivilité. Leurs enfans font long-tems fans voir clair après leurnaiffance, parce qu’ils ont les yeux petits & fort enfoncez.Ils n’ont point d’écriture ni de livres. La Juftice eft admini-flrée par le Chef qui leur commande. Voilà ce qu’en dit le Pè-re di Luca.
D’autres font une divifion plus exaéte des Tartares. I!s di-fent que les Tartares de Krim occupent la prefqu’ifle, & fontbien foixante mille hommes. Les Nogays tiennent le païs quicommence à Précop, & qui s’étend d’un côté jufqu’au fleuveNieper, & de i’autre côté jufqu’à la ville d’Oczakow. Ceux-cipeuvent faire douze mille hommes. Les Tartares d’Oczakowhabitent cette ville, & les environs proche du Don. Us fontenviron deux mille hommes de guerre. On les appelle autre-ment Bejley, c’eft à dire, gens payez. Les Tartares de Bud-ziack font ceux qui demeurent aux environs de la ville de Bia-logrod, fur les frontières de Moldavie & de Beifarabie : ces der-niers peuvent faire environ quinze mille hommes. A l’égarddelaNogaye, on la divifoit autrefois en grande & petite No-gaye. La grande, dont les Hordes faifoient leurs courfesversl’Occident, à été ravagée par le Cham de Tartarie, qui a faitpaifer les peuples dans la prefqu’ifle. La petite Nogaye , quieft entre le Doniec & la Mer de Limen , depuis Précop jufqu’àOczakow, eft fous la prote&ion du même Cham. L'Orbey oule Gouverneur de Précop eft leur Chef & leur Juge. * J. diLuca, Rélation des Tartares, dans le premier volume du recueilde Thevenot.
TARTARES DE PRE'COP, ou TARTARESP R E'C O P I T E S, ou TARTARES DE KRIM,peuples qui habitent la prefqu’iüe entre la Mer Noire & la l\Jerde Limen, anciennement appeilée Cberfonéfe Taurique. Les Hâbi-tans nomment cette prefqu’ifle Krim ou Or; les Polonois Per-cop; les François Tartane de Krim ou de Précop ; & les Italiens,Tartaria Minore. Elle tient à la terre-ferme par un ifthme dedemi-lieue de largeur , & a environ fept cens milles de circuit.Il y a quatre - vints mille coï ou villages, & huit villes, qui
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font, Précop ou Or, fituée fur i’ifthme; Baciéfarai ou Bacca-farai, au milieu des terres; Balaclawa, où l’on conllruit desgalères & autres bâtimens de mer : Crimenda ou Solat; Kerli ouCarafu; Mancop; Cofelow; & Caffa, où le Grand - Seigneurdes Turcs met un Bacha. Le pouvoir de cet Officier ne s’étendpoint dans la campagne, dont le Cham de Tartarie eft le maî-tre. Ce Prince fe qualifie dans fes titres Roi des Tartares, desNogays , de la Circalfie & de Malibafe. La Tartarie de Pré-cop eft un païs de plaines qui font froides à caufe des ventsaulquels elles font expoféés. Il y a quatre rivières que l'onpaffe aifément à gué, fi ce n’eft l’hiver au tems des grandeseaux. On les nomme, Alma , Cabarta, Beiefula ou Kacia, &Carafu, qui a un pont de bois, & paffe dans la ville de Cara-fu. Les Tartares recueillent du froment & du millet en gran-de quantité : de forte que la charretée de blé , autant qu’enpeuvent tirer deux bœufs, n’y vaut que deux écus. U y a detrès-beaux pâturages & force bétail. Ils ont de bons chevaux,& de grands chameaux à deux boffes. Les vivres y font à fibon marché, que l’on donne une poule pour quatre afpres oudeux fols, & quinze œufs pour un afpre ou deux liards. Leseaux y font bonnes; mais beaucoup meilleures près de la merque dans la plaine. 11 fe pêche une prodigieufe quantité depoifTon le long de la côte & dans les marais, fi bien qu’il eftencore à meilleur marché que la viande. U y a des arbres frui-tiers dans la plaine, le long des rivières & fur les côtes de lamer. Le fel dont ils fe fervent fe congèle dans les marais, &fe peut amaffer fans aucun travail, chacun ayant la liberté d’enprendre ce qu’il lui en faut. On y fait une grande quantitéd’huile de terre, que l’on appelle vulgairement huile de caillou.11 n’y a point de bêtes féroces ; mais on y voit beaucoup de liè-vres. Levin y eft cher, aufli-bien que l’huile d’olive.
Les Tartares Précopites mangent peu de pain, mais beaucoupde viande, principalement de la chair de cheval. Lorsqu'unMurfe ou Seigneur du païs fait un feftin, la chère ne feroicpas entière, fl l’on n’y fervoit un jeune poulain. Le lait decavalle préparé avec des grains d’orge, eft leur boitTon ordinai-re. Us y mêlent,fouvent un peu de vin. Cette préparation fefait en mettant le vaiffeau proche du feu, ou au foleil pendantquinze jours ou trois femaines, pour le taire bouillir & l’épu-rer. Us mangent à terre, arrangez en rond fur des tapis ounattes. Leurs tables font rondes & couvertes de cuir. Leurspotages font faits avec du lait aigre & de la farine de millet,fans herbes; car l’herbe, difent-ils, eft pour les chevaux. Usreçoivent bien les Etrangers ; & quand quelqu’un arrive dansun village, on l’envoye à la mofquée, où on lui porte des vi-vres; mais fi c’eft une perfonne de connoifiance, ils le logentchez eux, dans un appartement deftiné pour les Etrangers.Leurs mariages fe font en préfence du Coggia ou Prêtre de leurloi, & ils prennent autant de femmes qu’ils en peuvent nour-rir. Outre ces femmes, ils ont encore des Efclaves qu’ils ap-pellent Cuma, c’eft à dire Concubines. Le menu peuple faitfouvent trafic des enfans qui viennent de ces concubines, & lesvend à prix d’argent. Les Tartares de Krim font ordinairementen guerre avec les Polonois, les Rafles, les Mofcovites, lesCircafTes & les Moldaves, & font beaucoup d’Efclaves fur cesnations. Us ne connoifTent point d’autre métier que celui dela guerre; & par la longue expérience qu’ils en ont, ils ont ap-pris tous les fecrets de cet art. Us s’afîemblent quelquefois aunombre de plus cent mille chevaux, & font des marches dequatre mois toûjours 'dans les déferts ; car ils trouvent tout lepaïs abandonné, parce que tout le monde s’enfuit devant eux.Chacun porte fur fon cheval un fac plein de farine d’orge, avecdu bifeuit & du eufeum, qui eft une pâte frite dans du beurre.11s ont plus de foin de leurs chevaux que de leurs propres per-fonnes ; & c’eft un proverbe entre eux, que perdre Jon cbeval c’ejiperdre fa tête. Leurs chevaux font fort accoutumez à la fatigue,petits & maigres pour la plupart ; mais les Murfes ou Seigneurs dupaïs en ont de tres-beaux & tres-vigoureux. Us ne les tien-nent jamais dans les écuries, mais les laiffent toûjours à lacampagne, même pendant l’hyver, lorsque tout eft couvert deneige; car les chevaux la détournent avec lespiez, & paillentl’herbe ouïes racines qu’ils trouvent deffous. Leurs fellesfontfort légères, & leur fervent à divers ufages. Le deffous, quieft d’une étoffe de laine preffée, ou de feutre, leur fert de ma-telas ; le fond de la felle tient lieu d’oreiiler, ét leur manteaude pavillon ou tente; car chaque Tartare porte des piquets, furlefquels il étend fon manteau pour fe mettre à couvert. Néan-moins les perfonnes de condition ont des tentes. Leurs armesfont l’arc & le cimeterre. Us portent des cafques faits de mail-les, & qui font fort eftimezen Tartarie. Ils ont l’adrelfe de tirerdes flèches par derrière le dos, comme faifoient les anciens Par-thes. Us font habillez comme les Polonois, & portent des bon-nets d’écarlate doublez de fourrure. Le Cham n’a point detroupes entretenues, fi ce n’eft cinq cens Arquebufiers qui luifervent de Gardes. II prend la dixiéme partie de tout le butinque font fes Sujets.
Les Tartares font extrêmement endurcis. Us paffent les ri-vières à la nage en hiver, lorsqu’il n’y a point de glace. Pourpaffer les grandes rivières, comme le Nieper, chacun d’euxfait une efpéce de train ou radeau, de plufieurs fagots de joncou de rofeau , liez enfemble, & attachez à deux perches IIy met fes habits , fes armes, les felles de fes chevaux, & toutce qu’il porte avec lui, & l’attache à la queue de fes chevaux;puis d’une main il fe tient au crin d’un cheval, & de l’autreil fouette les chevaux , pafifant ainfi tout nud. Les Tartares fevoyant pourfuivis de près dans leur fuite , jettent leur fabre,puis leur arc & leurs flèches ; & enfin, fans defeendre de che-val , ils coupent les fangles, & font tomber la felle, afin queleurs chevaux puiflent courir plus vite. Ces peuples font di-
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