EAUX MINERALES ARTIFICIELLES.
457
EAUX MINÉRALES ARTIFICIELLES.
Les altérations qu'éprouvent dans leur con-stitution, les eaux minérales transportées auloin, ont donné naissance à un art nouveau,celui de l'imitation des eaux naturelles. Nousne dirons pas, avec les enthousiastes, qu'icil'art a surpassé la nature ; mais nous dirons aucontraire que les eaux minérales naturellesdoivent être préférées aux artificielles, toutesles fois qu'elles peuvent être conservées long-temps sans altérations ou qu'on peut les re-nouveler fréquemment, car elles ont une ac-tion moins crue sur l'estomac ; que l'on peutemployer les unes ou les autres dans le casoù l'on peut arriver à une imitation complète ;qu'il est des cas où les eaux artificielles doi-vent être préférées : l'eau de Seltz, chargéed'un excès de gaz, est plus propre, dans biendes cas, à faciliter la digestion, que l'eau na-turelle; un excès de gaz rend aussi les eauxferrugineuses, les eaux salines, moins rebu-tantes, plus digestives pour le malade, sansaffaiblir leurs autres propriétés. Nous dirons,à ce sujet, que quelques propriétaires desources, dans ce but, se sont mis à chargerde gaz leurs eaux au sortir de la source, etobtiennent ainsi des eaux qu'on pourrait nom-mer Eaux minérales mixtes.
L'art d'imiter les eaux minérales paraît da-ter du dix-septième siècle, où deux Anglais,Jenning et Howart, prirent une patente (brevet)pour la fabrication des eaux ferrugineuses.Mais cette nouvelle industrie resta en langueur.C'est Struve qui lui a donné l'impulsion qu'elleavait il y a quelques années, et qu'elle a per-due un peu depuis que la plupart des eauxminérales naturelles sont transportées avec fa-cilité loin des sources.
La fabrication consciencieuse des eaux arti-ficielles présente des difficultés à cause dunombre considérable de corps que l'on peutavoir à y introduire. Nous allons donner unaperçu succinct de cette fabrication, renvoyantpour plus de détails au travail très-complet deSoubeiran sur cette matière.
On peut reporter à cinq, dit Lecanu, lesméthodes de préparation habituellement sui-vies : la première (par voie simple), applicableà l'eau de mer, aux eaux sulfureuses de Ba-réges, de Bagnères-de-Luchon, de Bonnes, deCauterets, etc., à la préparation desquelles onne fait servir que des sels solubles, incapablesde se décomposer mutuellement; et aussi àl'eau de Balaruc pour bains, à l'eau de Plom-bières, dans lesquelles on fait au contraire en-trer des sels dont quelques-uns doivent échan-ger leurs bases et leurs acides (tels le chlorurede calcium, les sulfate et carbonate de soude),consiste dans la dissolution au moyen de l'eau,d'une proportion convenable de sels ; seule-
ment quand il doit y avoir décomposition, afinque chaque bouteille contienne une mêmequantité de précipité, que la grande massed'eau ou toute autre circonstance finit ensuitepar faire disparaître, au lieu d'ajouter tous lessels qui doivent donner lieu à la décomposi-tion par leur contact, on introduit dans chaquebouteille un poids ou un volume déterminéd'une des dissolutions, et l'on achève de rem-plir avec l'autre, en ayant le soin d'agiter aumoment du mélange.
Suivant une deuxième méthode (par voie dedouble décomposition), on dissout dans l'eausimple les matières premières, que d'ailleurselles puissent donner lieu à des décomposi-tions ou ne puissent le faire, et l'on chargeultérieurement leurs dissolutions de gaz acidecarbonique ; ou bien, après avoir introduitdans les bouteilles une certaine quantité de ladissolution saline, on achève de les rempliravec de l'eau simple chargée de gaz carbo-nique; ainsi se préparent :
L'eau de Sedlitz, de Baden, de Carlsbad, dePullna, de Seltz, de Bourbonne-les-Bains, deSaint-Nectaire, de Vichy, de Forges, de Pas-sy, dans lesquelles le chlorure de calcium etle carbonate de soude, ou le sulfate de fer etle carbonate de soude, donnent nécessairementlieu à la formation des carbonates de chaux etde fer, dont la présence de l'acide carboniquedétermine la solution.
La troisième méthode ne diffère de la pré-cédente qu'en ce que les sels insolubles qu'ilfaut faire intervenir, ne pouvant être produitsau sein de l'eau minérale, sont forcément pro-duits à l'avance, et par suite introduits dansdes bouteilles à l'état de précipité. Ce qui em-pêche de produire le sel insoluble au sein del'eau, c'est que dans l'eau minérale ne doit pasexister celui des sels solubles, capable de pro-duire le sel insoluble indispensable à sa consti-tution. Si, parexemple, du carbonate de chauxne devait pas être accompagné de chlorure desodium, on ne le pourrait produire dans le li-quide môme, parla mutuelle décomposition duchlorure de calcium et du carbonate de soude.
Si du sulfate de chaux, du carbonate de fern'y devaient pas être accompagnés, le premierde chlorure de sodium, le second de sulfate desoude, on ne pourrait davantage produire cessels insolubles par la décomposition du chlo-rure de calcium et du sulfate de soude, dusulfate de fer et du carbonate de soude.
On applique cette méthode à la préparationde l'eau de Contrexéville, de Pougues, de Pro-vins, de Pyrmont, de Spa.
Une quatrième méthode consiste à chargerde gaz carbonique le soluté salin déjà saturé degaz sulfhydrique. Elle est spécialement applica-ble à la préparation de l'eau d'Aix-la-Chapelle.
ï