48
CHARLES VI SECOURT JEAN I " 1
pies, il lui donna le conseil de ranger ses troupes avec mé-thode et de forcer ses chevaliers à combattre en bonordre. Jean I er reconnut la sagesse de ces avis, mais la plu-part de ceux qui l’entouraient s’en moquèrent, et les Espa-gnols, qualifiant cette prudence de couardise, se précipitèrentsur leurs ennemis pêle-mêle et au hasard. On sait quel fut ledésastreux résultat de cette journée : non seulement le Por-tugal était définitivement perdu, mais encore la Castille allaitêtre envahie par le maître d’Avis, soutenu par les Anglais eten particulier par le duc de Lancastre, qui crut l’occasionbonne pour revendiquer de nouveau les droits de sa femme,l’infante D a Constanza, fille de Pierre le Cruel.
Dans ce péril, Jean fit appel à son allié le roi de France 1 :il lui envoya aussitôt des messagers chargés de lui apprendresa défaite et de lui faire connaître que le maître d’Avis,qui se disait roi de Portugal, recherchait l’appui de l’Angle-terre. Charles VI avertit les ambassadeurs qu’il allait tenirconseil sur ce qu’il convenait de faire avec ses onclesles ducs de Berry et de Bourgogne, et qu’il leur donneraitréponse sous peu. 11 leur exprima toute la peine que lui causaitl’échec subi par son allié; il engageait celui-ci à reprendrecourage, à considérer que le sort des batailles était entre lesmains de Dieu, que beaucoup de grands princes avaient étévaincus sans être déshonorés pour cela, et que plus tard lavictoire leur était revenue. Charles VI promettait d’envoyerdes secours en Castille, deux mille lances et cent mille francsd’or. Les messagers de Jean I er remercièrent le roi de Franceet revinrent auprès de leur maître.
On désigna, en effet, pour se rendre en Espagne avecmille combattants, Pierre de Villaines et Olivier Duguesclin 2 .L’arrivée de ce renfort causa une grande joie au roi de Cas-tille qui établit ces hommes d’armes dans diverses villes for-tifiées. Les nouvelles qu’on recevait de Portugal étaientinquiétantes : on annonçait que le maître d’Avis et le duc deLancastre allaient envahir la Galice. Les chevaliers françaisqui étaient à Valladolid auprès de Jean I er s’efforçaient dele rassurer en lui parlant des armements que l’on faisait enFrance, de « l’armée de mer qui s’appareille à l’Esclusc, si
1. Crùnica, éd. cit., p. 107, col. 2, 108, col. 1 et 2.
2. Iieligimx de Saint-Denis, éd. cit., t. I, p. 440.