VOIES PUBLIQUES. 161
Les travaux imaginés , dès l’origine , pour améliorer la navi-gation des cours d’eau naturels ne remédiaient que fort impar-faitement aux difficultés j il se formait des bancs d’alluvionsau-dessous des barrages et des pertuis ; les rivières dont on al-térait l’état primitif, changeaient avec rapidité la forme deleur lit : maintes fois les débordemens détruisaient les dieues
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et les autres constructions. Dans tous les temps, on trouvaitlong et difficile de remonter, au moyen d’un balage tortueuxet fatigant. Ces difficultés donnèrent l’idée d’abandonner lelit même des cours naturels •, et de creuser, dans une directionparallèle, des lits artificiels où les eaux seraient tenues de ni-veau par des écluses.
On admire l’ingénieuse définition que Montaigne a donnéedes rivières, en les appelant des chemins qui marchent. Ons’extasie sur l’avantage d’avoir ainsi des chemins qui voya-gent y mais cet avantage , très-réel en effet, lorsqu’on va dansle sens même du courant, devient un inconvénient grave lors-qu’on va dans un sens contraire. De sorte qu’à tout prendre,il vaut encore mieux se ménager les moyens de venir et d’allersur des eaux tranquilles, que sur des eaux courantes.
Les Anglais sont aujourd’hui pénétrés de cette grande vé-rité que le célèbre Brinkley, l’ingénieur du duc de Bridgewater,leur a le-premier démontrée, par ses préceptes et par ses tra-vaux. Cet habile ingénieur, appelé devant un comité de lachambre des communes, au sujet d’un canal qu’on,proposaitd’exécuter, soutenait vivement Futilité du projet ^(quoiquela proximité d’une rivière semblât rendre superflue toute na-vigation artificielle. Pour quel objet pensez-vous donc, lui ditun membre du comité, que la Providence ait créé ces nom-breuses et belles rivières dont elle a gratifié l’Angleterre ?... Cefut , répondit Brinkley, pour alimenter des canaux.
Cette pensée hardie , mais juste , surmontera par degrés les
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