VOIES PUBLIQUES. 141
Quand j’ai visité l’Angleterre, dans les endroits où le cliar-bon-de-terre ne noircissait pas les murs de manière à leurdonner promptement l’aspect de la vétusté, j’étais toujourstrompé par les apparences. Les édifices étaient si propres àl’extérieur, j’y retrouvais si peu les dégradations qui partoutailleurs décèlent le vieil âge des monumens, que je croyaisrécentes toutes les constructions : je ne pouvais-revenir de masurprise , lorsque je m’informais ensuite de leur ancienneté. .
Il faut avouer qu’un si soigneux entretien ne produit pas, dansl’architecture d’un peuple , ces pittoresques effets que présenteà l’amateur des beaux-arts, une demi-dégradation des fabri-ques et des travaux publics. En Angleterre, les œuvres de lanature et les œuvres de l’art sont parfaitement séparées. Ainsila végétation, brillante dans les champs , est sévèrement pro-scrite sur les murs , les toits et les créneaux , même des palaisgothiques. Si l’on excepte quelques débris des temples et desmonastères, derniers vestiges d’un culte aboli depuis troissiècles, il n’y a de ruines que les ruines postiches élevées surdes pelouses bien passées au cylindre , ou sur des tertres bienSoigneusement sablés. Ces fabriques tombantes sont bâties avecla solidité qu’un père de famille apporte chez nous , quand ilbâtit pour ses enfans ; elles sont entretenues avec autant desoin qu’on en a mis à les construire. Que le spectateur setranquillise à leur égard ; il peut être certain que ces ruinesauront toujours au même degré l’air de s’écrouler.
Mais il est un intérêt d’une toute autre importance que levain plaisir qu’on éprouve à contempler cette lutte perpé-tuelle entre les attaques du temps et les résistances de l’homme.C’est de voir, dans la Grande-Bretagne , les édifices , les ma-chines et les instrumens , toujours tenus dans un état si par-fait , qu’ils peuvent à chaque instant rendre tout le servicepour lequel ils ont été créés. D’après le même esprit, dans toute