VOIES PUBLIQUES. 83
telle influence. C’est la pénurie du trésor. L’état de guerre qui,chez tant d’autres nations , interrompt ou du moins ralentitde la manière la plus fâcheuse, ces travaux d’utilité généraleauxquels ne peut plus suffire un trésor public obéré, l’état deguerre donne à ces travaux, dans la Grande-Bretagne, un essorplus grand encore , par l’activité qui fait son essence. En aban-donnant ces mêmes travaux, à l’esprit d’entreprise et à l’acti-vité des particuliers, le gouvernement britannique a remplacéles efforts et les sacrifices momentanés qu’il eût pu faire avecle superflu des impôts, par les efforts et par les sacrifices quela masse entière des citoyens, éclairée sur son propre intérêt,fait sans relâche, pour ce même intérêt. Ainsi, de 1790 à i 8 o 5 ,époque qui comprend quatre années de paix seulement, suronze années de guerre, on a creusé plus de 5 oo lieues de canaux,dans la seule Angleterre. C’est environ la moitié de la longueur
totale des canaux entrepris depuis soixante ans.
Combien différent était l’état de nos travaux civils, durantla même époque ! Sous les règnes long-temps paisibles deLouis XV et de Louis XYI, de nombreux ouvrages d’utilitégénérale furent exécutés, les uns par le gouvernement, lesautres par des provinces , des villes, des associations. La révo-lution arrive : on viole le droit de propriété 5 on déclare sansdistinction , que ces ouvrages sont le bien de l’état, on en dé-pouille les légitimes possesseurs , on en consomme les revenus,on en néglige l’entretien. Une source de richesse, usurpée sihonteusement, est bientôt desséchée 5 son épuisement frappede stérilité une foule de branches d’industrie, et ruine descontrées entières. Ajoutons avec un vrai plaisir qu’une admi-nistration réparatrice , s’est efforcée, selon ses moyens, àfaire disparaître la trace de ces maux.
Sans nous arrêter à l’époque où le bouleversement desfortunes privées et les immenses besoins de la défense natio-