xxviij INTRODUCTION.
Jadis, au temps des justes défenses, nous avons dompte' des peuplesagresseurs, et pour vengeance immortelle, reprenant l’œuvre desPharaons, des Ce'sars et des Rois, nous avons enrichi les bordsdu Nil , et du Tibre, et du Rhin, par des monumens consacre's aubien-être des vaincus. Surpassons, dans nos travaux pour la patrie ,nos travaux pour l’e'tranger. Sachons être grands , et par nous, etpour nous-mêmes. Ne laissons point la fatigue de tout faire, en notrefaveur, à la main qui nous re'git. Osons disputer avec elle, d’ha-bileté , de vigueur et de constance , pour triompher des obstaclesde la nature, et l’assérvir à nos besoins sociaux. Voilà des con-quêtes dignes du plus civilisé des peuples , dignes de l’ambition desplus éclairés d’entre les hommes ; et, tous, nous pouvons prendre partà ces conquêtes, selon les moyens grands ou faibles de notre fortuneou de notre talent ; afin d’acquérir un honneur collectif et natio-nal , au milieu duquel s’élèveront des renommées dont s’enorgueil-lira la France.
Pour montrer par le précepte de l’exemple, les avantages immensesd’une voie d’association dans laquelle nous essayons avec peine despas encore incertains, je ne puis redouter d’offrir à vos regards, lespectacle d’une rivalité qui sert également les nations fameuses et leshommes illustres, en les élevant au-dessus d’eux-mêmes, par la né-cessité de l’emporter sur leurs émules. Retracez dans votre pensée,comme un modèle digne de vous , nobles enfans de la France , cetteémulation toute héroïque, source d’immortalité pour le grand Athé-nien dont le génie fut l’honneur et le salut du peuple même que vousfaites revivre en sa magnanimité comme en son charme social , parl’aménité des mœurs, par l’atticisme de l’esprit, et par l’amour de lagloire. Sans cesse, ô Thémistocle , une voix intérieure importunaitvotre sommeil et vous arrachait au repos, en vous rappelant lestrophées de Miltiade, jusqu’à l’instant où vous l’eûtes surpassé parde plus beaux triomphes. Puisse ma faible voix acquérir cette impor-tunité , pour éveiller, exciter ma patrie , tant qu’elle n’aura pas sur-passé tous les travaux de son infatigable rivale !
Gardons-nous de penser, un seul instant, que ces victoires soient im-possibles à notre persévérance. Je viens de le montrer, autantl’Angleterre est en avance aujourd’hui, autant, il y a cinquante an-