fiTUDES ET TRAYAUX. 83
Si la tribune et la presse eussent eie librcs en France , tletels malheurs auraient ete prevenus ca clu nioins repares. Aprescliacun de nos revers , des cris d’iudignalion , salutaires averlis-sernens d’un pouvoir qui s’endort sur ses propres dangers, au-raient, de loutes parts, fait retentir ies echos de la renommee.Les tetes pensanles., appelees ä mediter sur le sujet de ces justesclameurs, auraient chercbe et trouve les yraies causes de nos tle-faites. On aurail; poursuivi jusqu’en ses derniers relranchemens,ce ministere tenebreux et superbe, qui, voilant dans 1 ombre etle silence, ses prejuges , ses erreurs et ses faules, se reservai.tle droit funeste de deslionorer impunement ,le pavillon de laFrance. Mais la tribune e'tait muette, et des ordres rigoureuxetaient donnes a tous les ecrits periodiques, de ne rien publiersur la marine, saus que le ministre meine ne l’eül formelle-ment approuve!.
A mesure qu’une defaite nouvelle ajoutait ä notre bonte, unarlicle ofüciel redige par la main de l’impudencc *, pour voi-ler letendue du mal et surtout pour en masquer les veritablescauses, servait seulement a decevoir un instant les ciloyens.Car Fetendue de nos pertes ne pouvait pas toujours etre tenuesecrete. La nation l’econnaissait par quel art du mensongeeile etait ä tout instant dupee. Des succes maritimes annonces
* Je n’en citerai qu’un exemple , mais il est frappant : il s’agit de prouver aux Francaiscombien la perte de leurs colonies est avantacf.use pour Ieur marine. Voici ce qii’ou litdans !e Moniteur du 26 fevrier 1811: Adresse duprincc regent au parlemeut d’Angle-lerre : « La conquete des iles de Bourbon et d’Amboyne a diminue encore plus le nombredes colonies de l’ennemi. » Commentaire du gouvernement francais : Dans les cir-constances acluelles , la Martinique , la Guadeloupe, Eile de la ltc'union et Eile de Francene reudaient rien a la metropole, et lui coütaient plus de vingt millions cliaquc anne'e.Avec vingt millions , on peut construire dix vaisseaux par an ; c’est done pendant ciuq äsix annees que peut durer encore la guerre actuelle , de quoi avoir cinquante vaisseaux deligne. Les colonies occupe'es par les Anglais reviendront ä la metropole , 011 ä la paix , oulorsque 1 empire aura cent vingt vaisseaux de baut-bord et deux cents fre'gates et batimenslegcis. Cette epoque qui est prevue et calculee n’csl pas tres-loin de nous.