J6TUDES ET TRAVAUX. 61
tailles ¥ . Tis ont laisse s’accretliter chez nos rivaux et cliez lesautres nalions , cette opinion fletrissante, qu’uue escadre fran-caise ne pouvait plus tenir de van t une escadre anglaise d’e-gale force. Nos marins meines ont semble finir par le croire,et cette erreur a produit les plus fatales consequences sur lesdestinees de notre marine
* Exceplons-en le bailli de Suffren , qui, dans l’Inde, fit avec tant de succes la guerreoffensive : trop hcureux de combaltre assen loin de la France pour n avoir jamais eu aprendre conscil que de son caractere enlreprenant et valeureux.
C’est egalcment une erreur de croire que la plupart de nos amiraux ont suivi pargoul et par caractere le Systeme defeusif et timore qui, depuis cent quarante ans, a predotninedans notre tactique navale. Durant cette longue periode, le gouvernement franjais , trou—vant toujonrs excessifs les sacrifices qu’exigeail l’entretien d’une marine militaire, a tropsouvcnt prescrit h nos amiraux de tenir la mer le plus long-tcmps possible, sans cn venir ädes batailles d’oii pouvait s’ensuivre la perle de vaisseaux trop couteux ä remplacer. Souventon leur enjoignait, quand ils seraicut forcis de recevoirle combat, d’e'vitcr avec grand soinde compromettre le sort de leur flotte , par une aclion trop dccisioc. 11s se croyaicnt parcousequent oblige's de battre en relraiie , des qu’un cngagement prenait une tournure tropsericuse : ils acqueraient ainsi la funeste habitude de ce'der volontaircment le cliamp debataille , aussitot qu’un ennemi, mem,e inferieur , le leur dispulait avec courage.
Ainsi donc , entretenir ä grands frais une armc'e navale , pour lui prcscrire de ne pasfaire un entier usage de sa puissancc effective ; l’envoycr ä la reclierclic de l’cnncmi, pourse rctirer honteuscment de sa prc'sence ; recevoir le combat au lieu de le donner ■ coin-mencer des batailles , pour les finir par des simulacres de de'faitcs ; perdre la force morale ,pour epargner la force physique ; voila l’csprit qui, depuis la dccädence de Louis XIV jus-qu’aux cgaremens de Napoleon ( sauf quelques cxcepticns courtes et rares ) a guide le mi-nistere de la marine franfaise. On sait quels cn ont ete les resultats.
Les Anglais , en ne poussant pas leurs attaqucs contre nos flottes avec toule la vigueurqu’ils ont montree dans ces derniers temps , alteignaient avec plus de lcuteur , mais nonmoins surement le bnt de leurs efforts. Ils profilaient de la pre'ponde'rance que notre pavil-lon militaire conce’dait be’nevolement au leur. Ils e'taicnt presque surs de voir nos batimensde guerre respccter leurs flottes marcliandes , meine escortees par une force infericure. LesAnglais, au coutraire, ardens ä courir sur nos vaisseaux marchands isoles ou re'unis , escorte'sou non , s enrichissaient aux depens de notre commerce ane'anti par degre's. Leur opulencecroissaute leur permeltait de de'velopper sur mer des forees de plus en plus grandes; tandisque nous tomlnons bicntöt dans un e'puisement qui ne permetlail pas meme de reparer lesfaibles pcrles de notre prudente arme'e navale , Inquelle se trouvait aiusi vaincue presque sansavoir combattu. Yoilä comment les guerres maritimes que nous avons commence'es contre1 Angletcire , avec le plus d e'clat et de bonheur, out llui par des desaslrcs qui nous ont