COTES ET PORTS. 227
des lettres et des arts. Liverpool est ce que doit être unegrande place commerçante ; c’est une ville où l’existence en-tière se trouve dirigée vers un Lut pratique. Là, tout appelle leshommes à la richesse , à la considération, par les chemins lesplus ordinaires d’une vie laborieuse et trafiquante. L’hommené pour les sciences, y tourne son génie vers la constructiondes machines, vers la direction des travaux publics ou l’érectiondes édifices. L’homme né pour les lettres, entraîné par le tour-billon qui l’environne, s’il essaye de sacrifier aux muses , lescultive à la dérobée, et suit, avec tous les autres , la grande etséduisante voie de la fortune. C’est ainsi que le célèbre Roscoëa fait sa principale occupation d’une banque importante , neréservant que ses loisirs pour écrire la vie de deux Médicis,Laurent et Léon X *.
* Il faut eu convenir, à la gloire de Roscoë, le Ginguené de l’Angleterre, ses ou-vrages 11’annoncent pas la précipitation, et n’ont rien de superficiel. Il est remar-quable que les productions les plus distinguées, sur l’histoire de la littérature italienne,aient été l’œuvre d’un Anglais et d’un Français, aussi supérieurs par leur savoir, quepar leur caractère public et privé. Lorsque j’ai visité M. Roscoë, à Liverpool, je n’aipu me défendre d’un sentiment d’intérêt et de respect, en voyant un vieillard desoixante ans, la tête couverte de cheveux blanchis par l’âge et le malheur, le corps droit etd’une imposante stature, avec la physionomie d’un sage de la Grèce, simple, noble etbienveillante. Cependant, malgré la sérénité qui semblait peinte sur ses traits, il n’était pasun homme heureux. Les vicissitudes de la guerre et de la paix avaient ébranlé sa fortune.Pour faire honneur à ses engagemens , il avait déjà vendu sa bibliothèque; et quandj’ai vu ses tableaux, des ouvriers y posaient des étiquettes, conformément au catalo-gue de leur vente prochaine. Si le Prince, à l’exemple de la grande Catherine, appre-nant la détresse d’un homme de lettres célèbre, non pas étranger à l’Angleterre ainsique Diderot l’était à la R.ussie, mais un de ses propres sujets, consacrait une légère partde ses superfluités , au rachat des livres d’un illustre écrivain, pour les conserver à leurpossesseur, et lui laisser ainsi les matériaux de nouveaux chefs-d’œuvre, cela ne vau-drait-il pas au moins quelques pavillons chinois, quelques chiens, quelques chevaux etquelques festins?... Voilà ce que j’écrivais en 1817. Depuis cette époque, un particuliergénéreux a fait son ambition d’une gloire dont le Prince ne parait pas avoir été jaloux.Les livres que Roscoë regrettait le plus, formaient une collection d’environ 3 oo ouvragesitaliens , remarquables pour leur valeur intrinsèque ou pour la rareté des éditions.M. William Rathbonc, négociant de Liverpool, les a tous achetés, et s’est empressé d’en