HISTOIRE ET COSTUMES
\ 96
Forcée de chercher une autre retraite, où elle ne fût plus connue,elle demanda conseil à un jésuite qui lui indiqua les hospitalièresde la Flèche. Elle partit alors sans bruit de Saumur, et alla se pré-senter aux hospitalières de Saint-Joseph, sous le nom de M lle de LaHaye. Elle s’y montra sous un extérieur fort négligé, comme une femmede basse extraction, et demanda à être admise dans la congrégation.Elle eut beau faire: son ton, ses manières distinguées et tout sonensemble révélaient en elle une personne d’une naissance au-dessus ducommun (1). Elle fut reçue, mais ne voulut jamais porter d’autre nomque celui de J/" 1 2 ' de La Haye.
Cependant quelques années après, plusieurs villes des environs, entreautres celle de Baugé, demandèrent à M" c de La Fère quelques-unes de sesfilles, pour fonder des établissements pareils au sien. Elle se rendit elle-même à Baugé, accompagnée de plusieurs d’entre elles, parmi lesquelles setrouvait M"° de La Haye, afin de se rendre au désir des habitants de cetteville, et leur laissa celte petite colonie pour l’établissement d’un hôpital.
La famille d’Anne d’Épinoy ne manqua pas néanmoins de faire desperquisitions pour savoir ce quelle était devenue, et le vicomte de Gand,son frère, ayant appris quelle était à Baugé, vint la trouver. Il étaitquestion du partage des biens que leur père, le prince d’Épinoy, avaitlaissés en mourant. Trois de ses frères vinrent donc l’engager à aller aveceux à Paris pour cette liquidation. Elle les suivit, et après un séjour dedeux mois dans cette capitale, elle revint à Baugé, toujours sous le nomde M lle de La Haye, et employa une partie des biens qui lui étaient écbusà doter magnifiquement l’hôpital de cette ville. Du surplus elle en fondaun autre à Beaufort, petite ville de 6,000 habitants, dans la même pro-vince. Ces deux établissements subsistent encore et sont autorisés par legouvernement français dans le diocèse d’Angers.
Anne d’Épinoy passa le reste de ses jours dans l’hôpital de Baugé, et ymourut en 1679 (2).
C’est un grand et beau spectacle que celui que donnent au monde ces
(1) « Elli: marche, el son poi l révèle une princesse *
(Delille, Énéiilc, liv. I.)
(2) La maison des princes d'Èpinoy, vicomtes de Gand, est éteinte aujourd’hui Le derniercomte de Gand el sa sœur la comtesse de Gand sont morts, le premier en Espagne, et l’antre ilBruxelles, dans les premières années du siècle où nous sommes, sans avoir été mariés.