DES OUDUES DELICIEUX.
19a
Ces constitutions sont de l’an I GI5.
Cette congrégation était à peine formée qu’il s’y présenta une femmedu plus haut rang, qui demanda à y entrer.
Une princesse, Anne d’Épinoy, d’une illustre famille des Pays-Bas,après avoir été, près de trente ans, chanoinesse séculière à Mons, enHainaut, se sentit l’envie, non-seulement de mourir au monde, maisd’y vivre inconnue, comme autrefois sainte Rosalie (1), de Sicile, et de-puis, une princesse de la maison de Montmorency (2), en France.
Son père, Guillaume, vicomte de Gand, était fds de Pierre de Melun,prince d’Épinoy (3), marquis de Richebourg, baron d’Antoing, sénéchalhéréditaire de Hainaut et gouverneur de Tournay.
Il venait de mourir, et sa fille, Anne d’Épinoy, dégoûtée du monde,abandonna sa patrie à l’insu de sa famille, et désirant rester inconnue,vint se cacher, sous un nom supposé, chez les dames de la Visitation,à Saumur. Mais on ne larda pas à savoir qui elle était.
(1) Sainte Rosalie, fille d’un riche seigneur de Sicile, se relira, à l’insu de ses parents,dansune grolto voisine de Païenne, et y vécut seule jusqu’à sa mort, arrivée vers l'an 1160. Sesreliques y furent découvertes en 1025. Celte sainte est la patronne de toute la Sicile, et y esthonorée d’un culte particulier.
(2) Vers l’an lG6i , disparut tout à coup une jeune fille de l’àge de quinze ans, de l’illustrefamille de Montmorency, et, malgré toutes les recherches que l’on lit, on n’en eut aucunenouvelle.
Vers le même temps apparut dans les Pyrénées une jeune personne, du même âge, qui yvivait, cachée, du travail deses mains, et ne se montrait que dans les églises du voisinage de saretraite. Elle y était connue sous le nom de la soülaire des rochers, et tout porte à croire quec’était la personne qu’avait perdue la maison de Montmorency. Elle alla à Rome, en l'700, pourgagner les indulgences du jubilé. Mais depuis lors on n’eut plus de ses nouvelles, et son corpsne fut retrouvé nulle part.
M mo de Maintenon possédait un crucifix fait de la main de la solitaire,, qui eu avait fait pré-sent à son confesseur.
(ô) Pierre de Melun, prince d’Ëpinoy, avait joué un rôle dans les troubles des Pays-Bas, sousPhilippe II, roi d’Espagne. Il tenait le parti du duc d’Alençon , qui était reconnu pour souve-rain des provinces belgiques par le parti antiespagnol, et il gouvernait la ville de Tournay enson nom. Le prince de Parme, général des troupes royales, vint mettre le siège devant celteville, profilant du moment où le prince d’Ëpinoy en était absent. Mais sa femme, née comtessede Lalaing, prit la place de son mari, et soutint le siège avec un courage héroïque. A la têted’une faible garnison, elle ne quittait pas la brèche, y brava longtemps tous les efforts desassiégeants , et ne se rendit qu’à la dernière extrémité, en 1581.
Guillaume de Melun , vicomte de Gand , n’était pas fils de cette héroïne, mais d’Hippolyte deMontmorency, seconde femme de son père. Ainsi sa fille, Anne d’Ëpinoy, appartenait par sagrand’mère à celte famille de Montmorency, d’où provint la solitaire des rochers, qui devait,comme elle, fuir le monde sans bruit.