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HISTOIRE ET COSTUMES
secret les fonctions de son ministère, la jeune de Cyx prit du goût à sesinstructions, ce qui déplut fort à ses parents, zélés protestants. Ils la ma-rièrent, à l’âge de dix-neuf ans, à un gentilhomme nommé de Combé,possesseur d’une fortune assez considérable, mais d’un caractère si dés-agréable, que sa femme, au bout de dix-huit mois, demanda et obtint d’enêtre séparée.
Six mois après, son mari étant mort, il n’eût tenu qu’à elle de seremarier; mais elle préféra rester veuve, dans la crainte de s’exposer auxchances d’une union aussi mal assortie que la première.
Profitant de sa liberté, elle consentit à accompagner sa sœur et sonbeau-frère dans un voyage qu’ils firent à Paris. Le penchant quelle avaiteu dans son enfance pour la religion catholique, se réveilla en respirantl’air de la France, et elle se sentait très-disposée à abjurer le calvinisme.
Une nuit, elle croit entendre, dans un rêve, une voix qui lui dit :« Levez-vous, et allez à la fenêtre : vous y apprendrez ce que vous avez» à faire. s> En effet, elle se lève et va à la fenêtre au moment où unprêtre passait portant le viatique à un malade. Elle se prosterne, adore lesaint sacrement, et forme le projet de se faire catholique. Son beau-frèreen fut outré, l’accabla de reproches, et lui représenta que son change-ment de religion ne manquerait pas de lui faire perdre tout ce quelleavait à attendre des biens de sa famille.
Ces menaces, loin de la décourager, la raffermirent dans sa résolution,et, quoique malade par suite des désagréments quelle avait éprouvés,elle fit appeler un prêtre de Saint-Sulpice, pour recevoir son abjurationet lui demander le saint viatique. Dès ce moment, sa sœur et son beau-frère l’abandonnèrent et lui refusèrent tout seçours; mais le vénérablecuré de Saint-Sulpice se chargea de lui fournir tout ce dont elle avaitbesoin. Il la fit transporter dans une maison, où des filles pieuses lui pro-diguèrent tous les secours possibles, et il lui fit obtenir une pension de200 livres sur l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.
Sa santé se rétablit. Le curé de Saint-Sulpice la fit conduire à la cam-pagne dans un couvent où elle trouva toutes sortes d’agréments, et oùelle se confirma dans sa nouvelle religion.
Revenue à Paris, elle se logea dans une petite chambre, rue du Pot-de-Fer, où elle vécut seule de sa modique pension, et s’y livrant à de grandesmortifications qu’elle accompagnait de prières presque continuelles.