178
HISTOIRE ET COSTUMES
Le pape Eugène III, ancien disciple de saint Bernard, se trouvant àParis, voulut un jour aller dire la messe à Sainte-Geneviève. Pourhonorer le souverain pontife, les chanoines firent étendre un tapis desoie sur les marches de l’autel. Après la messe, il s’éleva à ce sujet unequerelle entre les chanoines et-les officiers du pape. On en vint aux mainsdans l’église, et, dans la bagarre, le roi lui-même fut blessé en voulantséparer les combattants. Pour punir les chanoines, on leur ôta leur église,et on la donna aux chanoines réguliers de Saint-Victor (1).
Ces derniers y vécurent longtemps sans sortir des bornes de leurinstitut : mais à la longue ils se relâchèrent, et on tenta plusieurs foisinutilement de les ramener à l’observance de leurs règles. Par suite de cesdésordres, leur abbaye tomba en commende, et les religieux n’eurent plusde chefs pour leur rappeler les obligations de leur état. Telle était la situa-tion des choses, lorsqu’en 1619, on leur donna pour abbé commendatairele cardinal de La Rochefoucault.
Le roi, en le nommant à ce bénéfice, lui recommanda de ramener larégularité parmi les chanoines, de manière que l’ordre y étant rétabli,on pût leur donner, comme autrefois, un abbé régulier.
Le cardinal, pour remplir les intentions du roi, fit venir, de l’abbayede Saint-Vincent de Senlis, douze religieux ayant à leur tête le P. Faure,qu’on nomma coadjuteur de l’abbé de Sainte-Geneviève, et général detoute la congrégation, qui se forma de quinze maisons qui embrassèrentla nouvelle réforme, laquelle fut approuvée par une bulle du pape del’an 1634. Ce nouvel institut fut appelé la Congrégation de France , autre-ment les génovéfains.
(1) L’abbaye de Saint-Victor avait été fondée, en 1113, par Louis le Gros. Guillaume deChampeaux, archidiacre de Paris, et fameux docteur de son temps, s’y retira avec plusieursde ses disciples, et y fonda une congrégation de chanoines réguliers qui devint célèbre ets’étendit au loin. Guillaume de Champeaux fut le maître du fameux Abailard. Les malheurs dutemps ayant produit le relâchement dans cette congrégation, elle éprouva une réforme dans lasuite. Mais l’abbaye de Saint-Victor de Paris s’étant maintenue dans la régularité, n’en eutpas besoin, et continua à vivre sous l’obéissance de l’évêque de Paris. Cette abbaye a produitplusieurs hommes célèbres, dont un des plus connus est le fameux Santeuil, auteur des plusbelles hymnes qui se chantent dans l’église.
La congrégation de Saint-Victor avait aussi des maisons de chanoinesses, qu’on appelaitviclorincs. 11 y en avait à Anvers, àGand,à Malines, à Douai, à Bruxelles, où on les appelaitles dames blanches de Jéricho, etc. La bibliothèque des chanoines de Saint-Victor, à Paris,était publique.