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HISTOIRE ET COSTUMES
schismatique, se sera faite catholique, car les Français d’alors n’au-raient pas vu avec la même indifférence que ceux d’aujourd’hui leursprinces épouser des femmes qui ne professaient pas la même religionqu’eux.
Anne de Russie avait fondé celte abhaye (1), la première année de sonveuvage, pour des chanoines réguliers qui, pendant plus de deux siècles,restèrent fidèles à leurs vœux. Mais les guerres qui survinrent depuisentre les Français et les Anglais amenèrent à leur suite bien des maux,entre autres, le relâchement dans la discipline des maisons religieuses. Ledésordre s’y mit par la difficulté de rassembler les conseils généraux desdifférents monastères du même ordre, pour le maintien des constitutionset la répression des abus.
Vers l’an 1604, où le P. Faure prit l’habit à Saint-Vincent de Senlis,le relâchement y était à son comble. Les femmes étaient reçues dans l’in-térieur du monastère, mangeaient au réfectoire avec les religieux. Lesfestins, les bals et toutes sortes de divertissements profanes y avaientlieu comme chez les gens du grand monde. Au milieu de tous ces scan-dales, le jeune Faure se tenait dans sa cellule, et n’en sortait que pouraller aux offices du chœur.
On conçoit facilement qu’une telle conduite devait déplaire à ses con-frères, qui m’auraient pas manqué de le chasser si l’évêque de Rieux, quiétait alors leur abbé commendataire, ne l’eût soutenu contre eux.
Dès qu’il eut accompli son noviciat, il alla à Paris pour y faire seshautes études. R eut pour professeurs deux grands maîtres, en philoso-phie, Raconis (2) qui devint évêque de Lavaur, et en théologie, Philippede Gamache (3).
(1) Cetie princesse , veuve d’un roi de France avec des enfants en bas âge, et fondant uneabbaye b Senlis, rappelait le souvenir de la veuve de Clovis II, sainte Balhilde, qui en avait fondéune à Corliie. Mais la différence entre ces deux reines est que Balliilde avait gouverné leroyaume pendant la minorité de ses enfants, tandis qu’Anne eut la douleur de voir le comtede Flandre investi de la régence, à son préjudice, par le testament de son mari.
(2) D’Abra Raconis enseigna la philosophie au collège du Plessis, et la théologie au collègede Navarre. Il a laissé plusieurs ouvrages, et était en même temps un bon prédicateur.
(ô) Philippe de Gamache,abbé de Saint-Julien de Tours, docteur et professeur de Sorbonne,a écrit des commentaires sur la Somme de saint Thomas.
Les deux collèges de Sorbonne et de Navarre étaient les seuls où l’on enseignât publiquementla théologie dans l’université de Paris. On l’enseignait aussi dans les séminaires, mais auxseuls élèves qui les habitaient, et le cours était de trois ans.