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HISTOIRE ET COSTUMES
Le saint prêtre la fit recevoir d’abord parmi les dames des confréries,qu’il avait établies dans Paris, pour les bonnes œuvres qu’il y soutenait.
Dans les premiers temps, ces dames allaient elles-mêmes visiter lesmalades, tant à Paris que dans les villages voisins, faisaient leurs lits etleur distribuaient les remèdes dont ils avaient besoin. Mais quand, dans lasuite, ces confréries admirent dans leur sein des dames d’un rang supé-rieur, ces soins, n’étant pas dans leurs habitudes, leur parurent troppénibles, et l’on chercha des filles d’une condition inférieure pour y sup-pléer. Ce furent alors des servantes des pauvres, qu’il fallut dresser pource nouveau service.
Ces filles étaient donc sous la dépendance des dames qui se chargèrentde leur instruction. M rae Le Gras prit pour elle cette besogne, et en fit unvœu particulier. En conséquence, elle chercha à réunir le plus grandnombre quelle pourrait de filles pieuses qui voudraient se consacrer ausoulagement des pauvres. Les premières quelle trouva furent des pay-sannes de la Picardie qui se réfugiaient à Paris, chassées par les guerresqui désolaient leur pays depuis la prise de Corbie par les Espagnols (1).
M me Le Gras leur procura une maison près de Saint-Lazare, où elle lesfit instruire de ce quelles devaient savoir pour remplir leur vocation, etdès qu’elles furent au fait des emplois auxquels on les destinait, Vincentde Paul les introduisit dans l’hospice des enfants trouvés qu’il venait defonder. Le nom qu’on leur donna fut celui de sœurs de la charité. On lesappelle communément en France les sœurs à gros bonnets. Elles yforment une congrégation qui fut autorisée, en 1057, par lettres patentesde Louis XIV, et confirmée, en 1GG0, par Clément IX.
Ces filles parurent si utiles que de tous côtés on en demandait. La villed’Angers fut la première qui voulut en avoir, et M rac Le Gras alla elle-même les y établir. En même temps, la reine Anne d’Autriche en demandapour l’hôpital de Fontainebleau et pour soigner les soldats blessés pendantle siège de Dunkerque (2). La reine de Pologne, Louise-Marie de Gon-zague, en fit venir aussi en 1GG2, et les établit à Varsovie.
M me Le Gras avait peine à suffire à tant de demandes; mais rien nela rebutait et elle redoublait de zèle pour augmenter le nombre de ces pré-
(1) En 1G36.
(2) En 1639.