HISTOIRE ET COSTUMES
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dévoraient à cette époque les malheureux Français; le second, le timideasile, où quelques bonnes gens se demandaient à voix basse s’il y avaitencore quelque moyen de se soustraire à la rage de ces tigres.
Ce couvent des Feuillants, bâti par Henri III, qui devait périr par lamain d’un moine fanatique, était aussi destiné à être un jour le vestibulede la prison d’un autre roi (I) qui devait trouver la mort sur un échafaud.Grandeurs humaines, que vous êtes quelquefois à plaindre!
L’établissement de son ordre, à Paris, fut, pour Jean de la Barrière,le commencement d’une suite non interrompue de chagrins, qui empoi-sonnèrent le reste de ses jours.
La France était alors en combustion, partagée en deux factions, qui sefaisaient une guerre acharnée. La Ligue, dans sa plus grande effervescence,comptait parmi ses membres un grand nombre de prélats et, en général,le clergé, justement alarmé des succès qu’obtenaient alors les huguenots.
Malheureusement le fondateur des feuillants prit le parti, non des sec-taires, mais de ceux qu’on appelait les politiques, qui formaient un partimitoyen entre les catholiques et les huguenots. A la mort de Henri III,il prononça à Bordeaux son oraison funèbre et lui fit de magnifiques funé-railles. Il n’en fallut pas davantage pour le brouiller avec tous les moinesde l’ordre de Citeaux. Ses propres disciples le signalèrent comme unennemi du catholicisme et le dénoncèrent comme tel aux autoritésecclésiastiques supérieures. Le plus fanatique des ligueurs se trouvaitparmi les feuillants. C’était Dom Bernard de Montgaillard (2), qu’on appe-lait le petit feuillant. Il fut obligé de s’expatrier quand Henri IV entradans Paris. Il suivit l’armée espagnole et se réfugia dans les Pays-Bas (3).
Sixte V, excité par les ennemis de Jean de la Barrière, convoqua à
(1) Au 10 aoùl. 1792. après avoir été chassé des Tuileries, Louis XVI et sa famille occupèrentpendant quelques jours des cellules dans le couvent des Feuillants, en attendant leur translationà la prison du Temple.
(2) Ce nom de Montyaillard est malheureux. C'est celui d’nn soi-disant abbé qui a fait uneHistoire de la révolution aussi sotte que méchante, et qu’on ne peut lire sans dégnûl.
Je dis, soi-disant abbé, parce que j’ai des raisons de croire que Tailleur de celle misérablerapsodie n’est pas l’abbé, mais son frère le comte de Montgaillard , que j’ai bien connu.
(5) Dom Bernard fut pourvu par l’archiduc Albert d'Autriche de l’abbaye d’Orval, dans laprovince de Luxembourg. Désabusé des agitations politiques, de ligueur forcené il devint leréformateur de son abbaye, dans laquelle il introduisit une discipline très sévère. Il y mourutsaintement à l'âge de soixante-cinq ans.