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[2] (1845)
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HISTOIRE ET COSTUMES

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dévoraient à cette époque les malheureux Français; le second, le timideasile, quelques bonnes gens se demandaient à voix basse sil y avaitencore quelque moyen de se soustraire à la rage de ces tigres.

Ce couvent des Feuillants, bâti par Henri III, qui devait périr par lamain dun moine fanatique, était aussi destiné à être un jour le vestibulede la prison dun autre roi (I) qui devait trouver la mort sur un échafaud.Grandeurs humaines, que vous êtes quelquefois à plaindre!

Létablissement de son ordre, à Paris, fut, pour Jean de la Barrière,le commencement dune suite non interrompue de chagrins, qui empoi-sonnèrent le reste de ses jours.

La France était alors en combustion, partagée en deux factions, qui sefaisaient une guerre acharnée. La Ligue, dans sa plus grande effervescence,comptait parmi ses membres un grand nombre de prélats et, en général,le clergé, justement alarmé des succès quobtenaient alors les huguenots.

Malheureusement le fondateur des feuillants prit le parti, non des sec-taires, mais de ceux quon appelait les politiques, qui formaient un partimitoyen entre les catholiques et les huguenots. A la mort de Henri III,il prononça à Bordeaux son oraison funèbre et lui fit de magnifiques funé-railles. Il nen fallut pas davantage pour le brouiller avec tous les moinesde lordre de Citeaux. Ses propres disciples le signalèrent comme unennemi du catholicisme et le dénoncèrent comme tel aux autoritésecclésiastiques supérieures. Le plus fanatique des ligueurs se trouvaitparmi les feuillants. Cétait Dom Bernard de Montgaillard (2), quon appe-lait le petit feuillant. Il fut obligé de sexpatrier quand Henri IV entradans Paris. Il suivit larmée espagnole et se réfugia dans les Pays-Bas (3).

Sixte V, excité par les ennemis de Jean de la Barrière, convoqua à

(1) Au 10 aoùl. 1792. après avoir été chassé des Tuileries, Louis XVI et sa famille occupèrentpendant quelques jours des cellules dans le couvent des Feuillants, en attendant leur translationà la prison du Temple.

(2) Ce nom de Montyaillard est malheureux. C'est celui dnn soi-disant abbé qui a fait uneHistoire de la révolution aussi sotte que méchante, et quon ne peut lire sans dégnûl.

Je dis, soi-disant abbé, parce que jai des raisons de croire que Tailleur de celle misérablerapsodie nest pas labbé, mais son frère le comte de Montgaillard , que jai bien connu.

(5) Dom Bernard fut pourvu par larchiduc Albert d'Autriche de labbaye dOrval, dans laprovince de Luxembourg. Désabusé des agitations politiques, de ligueur forcené il devint leréformateur de son abbaye, dans laquelle il introduisit une discipline très sévère. Il y mourutsaintement à l'âge de soixante-cinq ans.