DES ORDRES RELIGIEUX.
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Rome une assemblée des feuillants italiens pour le juger. La Barrière s’yprésenta lui-même. Celui qui la présidait était un dominicain qui depuisfut évêque de Forli. C’était en l’année 1592, et Sixte Y était déjà mort.
Jean de la Barrière, interrogé sur les griefs qu’on lui reprochait, ne sedéfendit pas, fut suspendu de toutes ses fonctions et condamné à se pré-senter tous les mois au tribunal de l’inquisition.
Ce jugement rappelle celui porté par ses propres religieux contre saintRomuald, qui se laissa aussi soumettre à une pénitence humiliante pourun crime supposé, dont il avait eu l’air de faire l’aveu par son silence (1).
D. Jean de la Barrière resta six ans à Rome dans cet état d’humiliation.Mais, en 1598, un nouveau chapitre de l’ordre s’y étant tenu, on demandason rétablissement. L’évêque de Forli, qui avait été son plus grand ennemi,ne manqua pas de s’y opposer. Le cardinal Bellarmin reçut du pape Clé-ment VIII l’ordre d’examiner cette affaire et de lui en faire un rapport. Ilfut démontré au souverain pontife que Jean de la Barrière était victimed’une cabale et d’une injuste oppression. Là-dessus, le pape Clément entémoigna à l’évêque de Forli toute son indignation, et lui défendit dese présenter désormais devant lui. L’évêque, atterré de ce coup de foudre,alla se jeter aux pieds du saint abbé, lui demanda pardon et mourut lui-même, trois jours après, de douleur et de honte.
Le pape fit prononcer solennellement l’absolution de Jean de la Barrièreet voulait l’engager à rester à Rome. Il y mourut peu de temps après,en 1600, dans un de ses monastères, entièrement réhabilité et vengé deses ennemis. Son ancien maître, le cardinal d’Ossat, reçut son derniersoupir. Son cœur fut envoyé à l’abbaye deFeuillans; son corps a été enterrédans un sépulcre de marbre à Rome, et ses pieds transportés à Paris.
Pendant son interdiction, en 1595, sa règle fut modifiée, et beaucoup
(1) Personne ne peut dire que saint Romuald a bien fait de permettre à ses moines de lemettre en pénitence comme coupable d’incontinence. En s’y soumettant, il autorisait la mutineriede ses inférieurs, et laissait subsister le scandale que produisait l’inculpation dont il était l’ob-jet , tant qu’elle n’était pas détruite. Le premier devoir d’un supérieur de maison est d’y main-tenir l’ordre et de faire respecter l'autorité dont Dieu l’a revêtu. Toute autre conduite n’estque faiblesse et pusillanimité. Quand saint Paul, poursuivi par les juifs, fut cité au tribunal deFestus, il lui dit sans hésiter : « Je n’ai manqué à personne, ni à Dieu, ni à César, ni à ceux» de ma nation. Si vous ne vous sentez pas le courage de me rendre justice, César me la rendra» lui-même : c’est à lui que j’en appelle. »
Voilà qui est ferme et digne d’un apôtre!
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