JOC
HISTOIRE ET COSTUMES
et y ayant connu quelques libertins, avec qui il se lia, il s’y corrompitcomme eux.
Après un séjour de trois ans dans cette capitale, son père étant mort,ainsi qu’un de ses frères, qui était chanoine de Salon et possédait quel-ques bénéfices simples, il se fit tonsurer pour recueillir cet héritage defamille et en jouir à son aise, sans avoir aucunement l’envie d’embrasserl’état ecclésiastique.
Il y avait en France, avant la révolution de 1789, un grand nombre debénéfices fondés autrefois à perpétuité par des particuliers en faveur deleur famille. Il fallait en être pour être apte à les posséder. Ces béné-fices servaient de dotations à des cadets de famille, qui ne pouvaientpas, ou ne voulaient pas se marier à une époque où le droit d’aînesseexistait.
Pour être pourvu de ces bénéfices, qui n’imposaient pas d’autre obliga-tion que celle de réciter le bréviaire, il suffisait d’être tonsuré. Les béné-fices à charge d’âmes, comme les cures, ne pouvaient se donner qu’à desprêtres.
A la révolution, toutes ces fondations furent qualifiées d’abus, etcomme tels on s’en empara, malgré les réclamations des familles, quidemandaient qu’on leur rendît les biens de leurs ancêtres, puisqu’on man-quait aux conditions auxquelles ils les avaient donnés. Messieurs de laConstituante passèrent à l’ordre du jour sur toutes ces réclamations, par lagrande raison que « tous les biens de l’Église étaient à la disposition de lanation. »
En héritant des bénéfices de son frère, César de Bus avait si peu l’in-tention d’entrer dans le clergé, qu’il songeait à se marier.
Mais le hasard, ou plutôt la Providence, voulut que de Bus fit, à Cavail-lon, la connaissance d’une bonne veuve, femme pieuse qui habitait lacampagne, et d’un sacristain d’une des églises de cette ville. Ces deuxpersonnes entreprirent la conversion de cet homme égaré, et employèrenttous les moyens possibles pour le ramener à ses anciens sentiments. Dieuseconda leurs efforts : César fit une confession générale de sa vie passée,et rentra dans la pratique des devoirs de la vie chrétienne. On le vît re-chercher et soulager les pauvres, visiter et consoler les affligés; enfin sedévouer à tous les genres de bonnes œuvres.
C’est de lui-même qu’on tient tous les détails relatifs à sa conversion.