I1IST0IKE ET COSTUMES
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La paix rétablie en Italie, après quatre ans de guerre, le sénat de Ve-nise, pour récompenser le courage de Jérôme, lui fit présent de la forte-resse qu’il avait si bien défendue. Il en fut fait gouverneur, avec le titrede podestat. Mais, après y avoir fait un séjour assez court, il retourna àVenise pour se charger de la tutelle de ses neveux, dont le père venait demourir. Il prit l’administration de leurs biens, et les fit élever chrétienne-ment, en leur donnant lui-même l’exemple d’une vie régulière, selon lapromesse qu’il en avait faite à Dieu pendant sa captivité.
Il prit pour confesseur un chanoine régulier de Latran, qui le soutintdans ses bonnes résolutions, et lui enseigna la pratique de toutes les vertus.
Avec un tel guide, Jérôme n’eut plus d’autre désir que de se sanctifier,et oublia tous les avantages temporels auxquels sa naissance et ses ser-vices lui donnaient droit. Il ne retint de sa première éducation qu’uneextrême politesse, une élégance et une affabilité de mœurs et de manières,qui lui servirent beaucoup pour gagner et s’attacher les personnes dont ilavait besoin, pour le seconder dans les bonnes œuvres qu’il allait entre-prendre. Un homme d’une naissance distinguée, qui a reçu une bonne édu-cation, et a servi sa patrie avec honneur, est toujours bien reçu partoutoù il se présente.
Visiter les hôpitaux, les églises, assister les malades, les pauvres, pro-curer à de jeunes filles les moyens de faire un honnête mariage, pour lespréserver du danger de perdre leur innocence, telles étaient ses occupa-tions ordinaires.
Jusqu’ici Jérôme Emiliani n’était qn’un ancien militaire, un homme debonne maison, qui, après une jeunesse orageuse, était devenu un chré-tien fervent et connu pour tel à Venise. Mais une occasion va le placer surun autre théâtre et en faire le fondateur d’un nouvel ordre.
Une famine affreuse avait affligé l’Italie, en 1528, et un grand nombre *de pauvres mouraient de misère ou traînaient une vie languissante. Jérômevendit ses meubles et ouvrit sa maison pour y recevoir les malheureux quise trouvaient sans ressources.
Mais la famine amena sa compagne ordinaire, c’est-à-dire une maladiecontagieuse, dont lui-même fut attaqué. Après avoir reçu les dernierssacrements, il recueillit ses forces pour demander à Dieu de lui laisser lavie, à condition qu’il lui inspirerait ce qu’il avait à faire pour le mieuxservir.