HISTORIE ET COSTUMES DES ORDRES REIJCIEUX.
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pas à l’appel que lui firent ses compatriotes pour les défendre, à la fois,contre les Français, l’empereur Maximilien et le pape Jules (1).
Cette guerre fut fatale aux Vénitiens; ils furent battus par les Français,à Agnadel, près deTrévise, en 1509, et leur général, l’Alviano, y fut faitprisonnier. La suite de cette défaite fut pour eux la perte de Crémone etde quelques autres places qu’on leur prit.
Jérôme Emiliani, âgé alors de vingt-sept ans, avait donné des preuvesde capacité militaire, et on lui confia le commandement d’un renfort qu’onenvoyait au gouverneur de Castelnovo, forteresse menacée d’un siège parles troupes de l’empereur Maximilien. Les Allemands attaquèrent vigou-reusement cette place, et le commandant de la garnison ayant lâchementabandonné son poste, Jérôme le remplaça et ne voulut pas se rendre. Enfin,après la plus héroïque défense, le fort fut emporté d’assaut, la garnisonpassée au fil de l’épée, et Jérôme jeté dans une obscure prison, où il eutbeaucoup à souffrir des mauvais traitements qu’il y éprouva.
C’est alors que, se repliant sur lui-même et réfléchissant sur la vie qu’ilavait menée jusqu’alors, vie de dissipation et d’oubli des devoirs du chré-tien, il eut honte de lui-même et promit à Dieu de le mieux servir, s’ilrecouvrait la liberté. Pour l’obtenir, il s’adressa à la sainte Vierge, et, par-son intercession, il vit enfin ses fers brisés. Les historiens de sa vie nedisent pas que, comme saint Pierre, il fut délivré par un ange ; mais ils rap-portent qu’il eut le bonheur de sortir de son cachot et de traverser, sansêtre aperçu, les postes ennemis qui l’entouraient. Il arriva ainsi jusqu’àTrévise, où il alla rendre grâces à Dieu de la liberté qu’il lui rendait (2).
(1) Les Vénitiens avaient essayé de détacher Louis Xil de la ligue qui se formait contre eux,en lui envoyant une ambassade. Leurs députés lui faisaient un grand éloge des hommes sageset prudents qui gouvernaient leur république, et lui disaient qu’il avait tort d’attaquer unpeuple si bien avisé. Sur cela, Louis XII leur répondit : <. Messieurs, je respecte beaucoup lasagesse de vos conseillers; mais je vous enverrai un si grand nombre de fous, qu’ils mettronten désarroi toute la prudence de vos hommes d’Élat. »
(2) Singulier rapprochement qui se trouve ici entre notre saint et saint Ignace de Loyola!Ce dernier est aussi un militaire assiégé dans Pampelume, où il est blessé. Son état l’oblige àgarder longtemps la chambre. C’est dans celle espèce de prison qu’il réfléchit sur sa vie passéeet forme la résolution de changer de conduite.
Ce premier coup de la grâce décide de son avenir, et il finit aussi, comme le guerrier véni-tien . par fonder une corporation religieuse
■C’est ainsi que, en présence du malheur, sous la main de la souffrance, l’homme bien nérentre en lui-même, et, dans le silence des passions, entend le cri de sa conscience. Heureuxcelui qui peut dire à Dieu : Bunum mihi quia humiliasti nie!