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[2] (1845)
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HISTOIRE ET COSTUMES

Leur charité na oublié aucun des besoins de lhumanité. Retirer du viceles malheureuses qui y étaient plongées et qui devaient y périr, si unemain secourable ne leur était tendue; recueillir les infortunés, qui languis-saient en proie à tous les maux et oubliés de tous les bommes dans deshabitations infectes et malsaines; voilà les œuvres dans lesquelles se sontdistinguées et se distinguent encore aujourdhui tant de femmes, dont lechristianisme se glorifie et quon ne trouve que dans la religion catholique.

Nous allons parler de quelques-unes de ces héroïnes.

Jean-Léonard de Ranfrain, gentilhomme lorrain, eut une fille unique,nommée Marie-Élisabeth, qui naquit à Remiremont en 1592. Aimée ten-drement de ses parents pendant son enfance, elle néprouva plus de leurpart que de mauvais traitements quand elle eut atteint lâge de puberté.Comme elle avait éprouvé de bonne heure un grand attrait pour la viereligieuse, elle se sentait peu de goût pour le mariage, auquel ses parentsvoulaient lengager.

Sa mère essaya dabord de lui inspirer lamour du monde, en lui faisantlire des romans, en lui procurant la compagnie de personnes qui vivaientau milieu des plaisirs, et qui navaient, à la bouche que les maximes, sou-vent peu chrétiennes, du grand monde.

Tout cela sétant trouvé inutile, M mc de Ranfrain crut que la rigueur etles mauvais traitements la serviraient mieux. Elle se mit à accabler sa filledinjures, lui prodigua toutes les sortes de mépris, et ne la laissa plussortir que couverte dhabits sales et déchirés, pour lexposer aux risées despassants. Enfin cette mère dénaturée en vint jusquà frapper sa fille dunemanière si cruelle, quun jour on crut quelle allait succomber sous sescoups.

La malheureuse Élisabeth nétait pas mieux traitée par son père quepar sa mère, et ces indignes parents voulurent absolument que, cédantà leur tyrannique volonté, elle prît un mari, malgré laversion quelleéprouvait pour létat du mariage. Us lui présentèrent un homme veuf, et,quoiquelle fût malade, ils la forcèrent de se lever pour aller lépouser. Cetange de douceur fut donc obligé de céder, et daller recevoir, malgré elle,les serments dun homme quelle naimait pas.

Si du moins son époux eût été pour elle un consolateur et eût attachéquelque prix à gagner le cœur de sa jeune femme; car elle navait queseize ans! Mais la destinée dÉlisabeth était de trouver, dans son mari, un