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HISTOIRE ET COSTUMES
Leur charité n’a oublié aucun des besoins de l’humanité. Retirer du viceles malheureuses qui y étaient plongées et qui devaient y périr, si unemain secourable ne leur était tendue; recueillir les infortunés, qui languis-saient en proie à tous les maux et oubliés de tous les bommes dans deshabitations infectes et malsaines; voilà les œuvres dans lesquelles se sontdistinguées et se distinguent encore aujourd’hui tant de femmes, dont lechristianisme se glorifie et qu’on ne trouve que dans la religion catholique.
Nous allons parler de quelques-unes de ces héroïnes.
Jean-Léonard de Ranfrain, gentilhomme lorrain, eut une fille unique,nommée Marie-Élisabeth, qui naquit à Remiremont en 1592. Aimée ten-drement de ses parents pendant son enfance, elle n’éprouva plus de leurpart que de mauvais traitements quand elle eut atteint l’âge de puberté.Comme elle avait éprouvé de bonne heure un grand attrait pour la viereligieuse, elle se sentait peu de goût pour le mariage, auquel ses parentsvoulaient l’engager.
Sa mère essaya d’abord de lui inspirer l’amour du monde, en lui faisantlire des romans, en lui procurant la compagnie de personnes qui vivaientau milieu des plaisirs, et qui n’avaient, à la bouche que les maximes, sou-vent peu chrétiennes, du grand monde.
Tout cela s’étant trouvé inutile, M mc de Ranfrain crut que la rigueur etles mauvais traitements la serviraient mieux. Elle se mit à accabler sa filled’injures, lui prodigua toutes les sortes de mépris, et ne la laissa plussortir que couverte d’habits sales et déchirés, pour l’exposer aux risées despassants. Enfin cette mère dénaturée en vint jusqu’à frapper sa fille d’unemanière si cruelle, qu’un jour on crut quelle allait succomber sous sescoups.
La malheureuse Élisabeth n’était pas mieux traitée par son père quepar sa mère, et ces indignes parents voulurent absolument que, cédantà leur tyrannique volonté, elle prît un mari, malgré l’aversion quelleéprouvait pour l’état du mariage. Us lui présentèrent un homme veuf, et,quoiqu’elle fût malade, ils la forcèrent de se lever pour aller l’épouser. Cetange de douceur fut donc obligé de céder, et d’aller recevoir, malgré elle,les serments d’un homme quelle n’aimait pas.
Si du moins son époux eût été pour elle un consolateur et eût attachéquelque prix à gagner le cœur de sa jeune femme; car elle n’avait queseize ans! Mais la destinée d’Élisabeth était de trouver, dans son mari, un