HISTOIRE ET COSTUMES
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La jeune Élisabeth montra de bonne heure une grande dévotion, qui,après la mort du landgrave, déplut à Sophie, sa veuve, qui avait la régence,des États du jeune Louis pendant sa minorité; et de plus, sa petite com-pagne devint jalouse d’elle. Sophie, femme hautaine et impérieuse, nemanqua pas de faire partager à toute sa cour l’aversion quelle avait pourla future épouse de son fils. Cette jeune personne n’était plus à leurs yeuxqu’une petite bigote ridicule, qu’on ferait bien mieux de renvoyer dansson pays pour y épouser quelque pauvre gentilhomme à qui ses manièresconviendraient, ou de la renfermer dans un couvent.
Cependant on faisait voyager le jeune landgrave en attendant qu’il eûtatteint l’âge de se marier ; quand cette époque fut venue, il revint etépousa solennellement Élisabeth, qui n’avait encore que quatorze ans. Iltrouva sa jeune femme à son gré, s’attacha à elle et prit les mêmes goûtsde dévotion qui la distinguaient. L’union des deux époux fut telle qu’ilsprirent le même confesseur. Force fut alors aux courtisans de se taire etde renfermer en eux-mêmes l’opinion qu’ils avaient sur le compte de'leurjeune souveraine.
On était encore alors au temps des croisades, et l’empereur Frédéricpartant pour la terre sainte, le jeune landgrave Louis, quelques années aprèsson mariage, fut obligé de le suivre. Il alla donc rejoindre l’empereur enItalie. Mais au moment de s’embarquer avec lui à Otrante, il y fut attaquéd’une maladie qui l’emporta en 1227, et Élisabeth se trouva veuve à l’âgede vingt ans, avec trois enfants en bas âge, un fds et deux filles (1).
La régence des États du jeune Herman, son fils, lui appartenait; maisson beau-frère Henri, prince ambitieux, à l’aide des seigneurs à qui Éli-sabeth déplaisait, la fit déclarer incapable de gouverner. A les entendre,elle allait épuiser les trésors de l’État en aumônes excessives, et d’ailleursses habitudes n’étaient pas propres aux fonctions d’une régente.
Henri chassa donc sa belle-sœur de son palais, avec ses enfants. Noncontent d’un acte aussi barbare, il défendit à qui que ce fût de don-ner asile à la malheureuse Élisabeth, ainsi qu’à son innocente famille.Elle se trouva réduite à se contenter d’une chambre, que lui procuraun ecclésiastique, pour elle, ses enfants, et une femme qui l’accompa-gnait. Dans cette cruelle situation, elle se vit sans aucune ressource
(I ) line de ses (illes, Sophie, épousa, après la mort de sa mère, Henri II, dnc de Rrabant.