FRANCISCAINES DE SAINTE-ÉLISABETH.
C’est ainsi qu’on appela, à Paris, une communauté du tiers ordre deSaint-François, laquelle s’honore de porter le nom d’une princesse mal-heureuse, née sur le trône, et qui, dans une vie bien courte, a été abreuvéede toutes les injustices que la malignité des hommes peut imaginer pourtourmenter l’innocence et la vertu.
Pourrait-on jamais croire qu’il y ait des hommes assez méchants pourinsulter une jeune et belle princesse, femme et ensuite mère de leur sou-verain, la chasser de son palais, lui refuser un asile, la condamner à men-dier le pain de la misère, et à se voir traitée comme une vile créature?
Voilà cependant ce qu’a éprouvé Élisabeth de Hongrie, femme du land-grave de Thuringe. Rien ne lui a servi d’être chaste épouse, mère tendre,d’élever à ses frais des hôpitaux pour abriter l’indigence. Ses vertus irri-taient ses ennemis, et plus elle multipliait ses bonnes œuvres plus ilss’obstinaient à la perdre.
Telle est en abrégé l’histoire d’Élisabeth de Hongrie, fondatrice oupremière religieuse du tiers ordre de Saint-François.
Cette princesse, née en 1207, était fille d’André II, roi de Hongrie (1).Promise, pour ainsi dire en naissant, à Louis, fils du landgrave de Thu-ringe et de Hesse, elle fut remise, à l’âge de quatre ans, entre les mains dece prince, pour être élevée dans les usages de la cour à laquelle elle devaitun jour commander. Elle y eut pour compagne d’éducation la sœur deson futur époux, Agnès, qui était à peu près de son âge, et toutes deuxcurent pour gouvernante une dame capable de les former au bien.
(1) C’esl ce roi qui a accordé aux magnats hongrois la cliarle dont ils sont si tiers, el dontils ont si souvent abusé.