DES ORDRES RELIGIEUX.
53
à Lyon. Le cardinal Alphonse-Louis de Richelieu venait de mourir (1), eton lui disait quelle pourrait convertir en un nouveau monastère la maisonquelle y possédait.
Elle suivit ce conseil, quoiqu’elle en prévît les mauvaises suites, etpartit de Paris pour Lyon en 1653. Deux ans après, le nouvel archevêque,Camille de Neuville, érigea la maison en couvent du Verbe incarné.
Jeanne apprit cependant à Lyon que son monastère de Paris souffraitde son absence : on lui conseilla d’y retourner pour y rétablir le bon ordre.Elle s’y décida, et y retourna après dix ans de séjour à Lyon, en 1663.
Mais sa destinée était de ne rencontrer partout que des contradictions ;elle en trouva de nouvelles et de plus cuisantes à Paris : elle s’y trouva enbutte à mille avanies, de la part même de la supérieure qu’elle y avaitétablie. On la força de signer une donation de tout ce qu’elle avait en faveurde ce monastère de Paris, pour lui donner plus d’importance. On finit parla chasser même de ce couvent, et elle fut obligée de se réfugier dans unemaison malsaine, où sa santé se délabra. On en vint jusqu’à lui refuserles moyens de faire le voyage de Paris à Lyon, ce qui la força de resterà Paris, où elle éprouva mille privations qui la conduisirent au tombeau.
Il est pénible d’avoir à raconter de pareilles dissensions nées dans desasiles où devraient régner la paix et la concorde. Mais n’avons-nous pasvu la même chose au chapitre des augustines, quand nous avons dit que,sous les yeux d’un prélat, la colonne de l’Église, dans une maison dirigéepar lui-même, et à une époque où le christianisme était encore dans toutesa ferveur, des personnes séparées du monde, et à l’abri de la contagionde ses mauvais exemples, s’étaient livrées à la discorde pour une causeassez futile?
Il est, il est vrai, dans les décrets de la Providence qu’il arrive des scan-dales, comme le dit le Sauveur lui-même. Ils servent à exercer la patiencedes âmes fortes; mais malheur à ceux qui les amènent! Necesse est . ut
(1) Alphonse-Louis de Richelieu, étant doyen du chapitre de Saint-Martin de Tours, avaitété nommé à l’évêché de Luçon , mais il le céda à son frère cadet, le fameux ministre deLouis XIII, et se fit chartreux , sous le nom de dont Alphonse Louis. Au bout de vingt ans , ilfut nommé à l’archevêché d’Aix, puis à celui de Lyon, et enfin cardinal. Constamment appliquéaux devoirs de son état, il ne voulut prendre aucune part aux affaires du royaume. On dit qu’àl’article tle la mort, il regretta son cloître , en disant qu'il aimerait mieux mourir dom Al-phonse, qu'archevcquc de Lyon■