DES ORDRES RELIGIEUX.
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premier. Dans la vie de ce monde, l’idée qui sort d’une tête va souventen éveiller une semblable dans une autre, et peut-être Jeanne de Matelimitait-elle, sans y penser, la mère Françoise de Chantal, fondatrice dela Visitation.
Sa mère, aussi pieuse qu’elle, applaudit à ses vues; mais son père futloin de les approuver. Quand il apprit que sa fille avait déjà réuni auprèsd’elle quelques filles dévotes pour vivre avec elles en commun, il en fut onne peut plus irrité, et il défendit à sa femme de lui fournir aucun secourspécuniaire, tant qu’elle continuerait à vivre hors de la maison paternelle.
Jeanne se voyant abandonnée de ses parents, et n’ayant aucun moyende subsister avec ses compagnes, alla à Lyon trouver l’archevêque de cetteville, pour lui demander des conseils. Ce prélat l’encouragea dans sonentreprise et l’exhorta à s’établir à Lyon avec ses compagnes, offrant deles aider de tout son pouvoir.
Elle suivit ce conseil, et alla demeurer à Lyon; mais peu de tempsaprès, la mort lui enleva l’archevêque, son protecteur. Pour comble demalheur, le prélat qui le remplaça était le frère aîné du fameux cardinalde Richelieu, Alphonse-Louis du Plessis, qui ne voulut pas lui permettrede fonder un nouvel ordre religieux dans son diocèse.
Elle n’avait encore que six compagnes. On lui conseilla de les laisser àLyon, et d’aller à Paris, dans l’espoir qu’elle y trouverait plus de facilitéspour l’établissement de son ordre.
Elle ne fut pas plus heureuse à Paris qu’à Lyon. Elle y trouva tout lemonde contre elle, même M mo de Sainte-Beuve, si connue par les servicesqu’elle rendit aux fondations religieuses.
Rien ne rebuta Jeanne de Matel. Malgré l’orage qui se formait contreelle, Jeanne trouva quelques protecteurs, et, par leur moyen, elle obtintdu pape Urbain VIII une bulle d’érection de son institut sous le nom duVerbe incarné, le 12 juin 1635.
Il ne s’agissait plus que d’avoir l’agrément de Louis XIII, pour l’exécu-tion de la bulle. On en parla à son confesseur, le P. de Suffren (1), quin’osa pas prendre sur lui de demander au monarque les lettres patentes né-cessaires pour la conclusion de l'affaire.
(1) Nous trouvons là un nom illustré du nos jours en la personne du bailli de Suffren,célèbre amiral français, mort en I7SS.