HISTOIRE ET COSTUMES
-12
princesse l’ayant vu depuis, à Turin, sans le diamant, il lui fut aisé dedeviner ce qu’il était devenu. Comme elle en parlait un jour à un gentil-homme, celui-ci lui dit qu’il était toujours engagé pour les pauvres, et qu’ilétait moins à l’évêque de Genève qu’à tous les queux d’Annecy (1).
C’est en 1010 que saint François de Sales fonda l’ordre de la Visitation;voici à quelle occasion :
Pendant qu’il prêchait le carême à Dijon, en 1603, il y fit la connais-sance d’une jeune veuve de trente-deux ans, qui y était venue pour leconsulter. C’était la baronne de Chantal, fille de Bénigne Frémiot, premierprésident au parlement de Bourgogne. Cette dame, très-pieuse, avait perduson mari, tué par malheur à la chasse quatre ans auparavant. Elle enavait eu six enfants, dont quatre vivaient encore. Son fils aîné, le baronde Chantal, fut le père de la célèbre M me de Sévigné, si connue par seslettres.
Depuis la mort de son mari, elle avait renoncé au monde et ne s’occu-pait plus que de l’éducation de ses enfants, et d’exercices de piété. Ellealla donc loger chez son père, à Dijon, l’année où l’évêque de Genève yprêchait le carême. Elle lui demanda une audience pour le consulter surla conduite qu’elle devait tenir, et suivit de point en point les avis qu’il luidonna. Quand le saint fut retourné à Annecy, elle l’y alla voir plusieursfois, et un jour qu'elle lui faisait connaître qu’elle voulait se consacrerentièrement à Dieu, le prélat lui dit qu’il avait depuis longtemps le projetd’établir une nouvelle congrégation sous le nom de la Visitation de sainteMarie.
La pieuse veuve y applaudit avec joie; mais l’exécution lui en paraissaitbien difficile. Comment quitter son père et son beau-père, qui étaient fortâgés? Pouvait-elle abandonner ses enfants en bas âge? Le saint évêque luimontra qu elle pouvait remplir tous ses devoirs sans rester elle-même dansle monde, et du fond d’un cloître. Là-d.essus, toute sa famille consentit àce quelle entrât en religion.
Elle maria ses deux filles, et mit le plus jeune de ses fils, qui n’avait quequinze ans, entre les mains de tuteurs fidèles, et, assurée du consentementde son beau-père et de l’archevêque de Bourges,son frère, elle fit ses dis-positions pour quitter le monde.
H) Vie (leu Saints , 29 janvier.