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Mais quand le moment de s’arracher à sa famille fut arrivé, la scène laplus touchante eut lieu. Le vieux baron de Chantal, vieillard de quatre-vingt-six ans, fondait en larmes. Le président de Frémiot, étouffé par ladouleur, demandait à Dieu la force de supporter le sacrifice qu’il exigeaitde lui, et le suppliait de le bénir ainsi que sa fille.
Une épreuve encore plus forte était réservée à cette tendre mère. Aumoment où elle se disposait à quitter pour toujours le toit paternel, sonjeune fils se couche sur le seuil de la porte, et la défie de passer outre. Cespectacle l’arrête d’abord; mais, après un moment d’hésitation, elle franchitcet obstacle.
Elle partit pour Annecy, où elle commença en 1610 l’établissement deson institut. Elle prit l’habit avec deux femmes pieuses qui l’avaient accom-pagnée, et bientôt dix autres vinrent augmenter le nombre de la commu-nauté naissante. Toutes firent des vœux solennels. L’évêque de Genèveleur donna une règle fondée sur la douceur et l’humilité. 11 se garda biende leur prescrire beaucoup d’austérités, voulant que la règle fût à portéedes tempéraments les plus faibles, et ôta par là tout prétexte à demanderpar la suite des adoucissements, toujours nuisibles à la régularité et con-duisant au relâchement.
Cependant l’ordre de la Visitation prospérait. La mère de Chantal futappelée d’Annecy pour fonder des monastères de son institut à Grenoble,à Bourges, à Dijon, à Moulins, à Nevers (I), à Orléans et à Paris. Elleétait elle-même supérieure de ce dernier monastère, lorsqu’elle apprit lamort de saint François de Sales, arrivée à Lyon, le 28 décembre 1622, àl’âge de cinquante-six ans. Elle fit transporter son corps à Annecy, et le fit
(1) On donnait aux religieuses de la Visitation le nom de visitandines. Tout le monde con-naît le charmant poëme que ces religieuses ont inspiré à Gresset, et qui porte le nom de Vert-Vert. Le héros du poëme est un perroquet élevé par les visitandines de Nevers, comme tout lemonde sait. Mois ce qu’on ne sait pas aussi bien, et ce que les faiseurs de biographies ont défi-guré, c’est l’anecdote de la rencontre entre Gresset et J. J. Rousseau. On avait rapporté auphilosophe que le poêle, en parlant de lui, avait dit : Il a de l’esprit, mais c'est un ours.Quand, après s’èlre brouillé avec Hume, J J. Rousseau revint d’Angleterre, il passa parAmiens Les échevins de celte ville crurent qu'il était de leur devoir d’offrir un banquet à unhomme si célèbre. Gresset, qui alors habitait Amiens, fut au nombre des convives et placé acôté du Genevois , qui affecta de ne pas dire un mot pendant tout le repas, malgré les effortsqu’avait faits l’auteur de Vert-Vert pour l’engager à parler. Quand on se fut levé de table,Rousseau amène Gresset dans l’embrasure d’une fenêtre, et lui dit : M. Gresset, avoues unechose: c'est qu’il est plus aise de faire parler un perr. quel qu'un ours.