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HISTOIRE ET COSTUMES
N’est-ce pas un pauvre prêtre (1), qui avait gardé les troupeaux dans sonenfance, et qui, de plus, avait partagé les fers des chrétiens captifs chez lesbarbares d’Afrique?
Nous verrons aussi, plus tard, un pauvre aventurier (2), réduit pourvivre à raccommoder de vieux habits, fonder un ordre hospitalier dans lenouveau monde, comme pour expier, par un tel bienfait, les maux faits àces contrées par d’autres aventuriers venus avant lui.
Il sera donc éternellement vrai de dire :
Non ignara mali, miseris succurrere disco (5).
Nous allons parler d’un autre ordre, dont la naissance est due à unhomme pauvre, inconnu, illettré, obligé aussi de garder les troupeaux etde courir mille aventures pour lutter contre la misère : un homme dontla vie, presque tout entière, a été un tissu d’événements pour ainsi direromanesques. Nous voulons parler de saint Jean de Dieu, qui a fondél’ordre des hospitaliers de ce nom; ordre utile, qui s’est propagé enEspagne (où il est né), sous le nom de frères de ï Hospitalité ; en France,sous celui de frères de la Charité; et en Italie, sous celui de Fate ben,fratelli, ou ben fratelli (4).
Racontons la vie extraordinaire du fondateur de cet ordre.
Jean naquit dans un village du Portugal, du diocèse d’Evora, en 1495,de parents peu aisés, mais qui lui inspirèrent des sentiments chrétiens :c’était le seul bien qu’ils pussent lui laisser.
Peut-être eût-il pu vivre heureux près d’eux, en partageant leur médio-crité; mais dès l’âge de neuf ans s’ouvrit devant lui une longue carrièred’aventures, qu’il parcourut pendant trente-six ans, luttant contre l’infor-tune, et exposé à mille dangers.
Il n’avait pas dix ans, qu’entendant parler de la beauté des églises enEspagne, et surtout à Madrid, l’envie lui prend d’aller voir ces merveilles,et il part à l’insu de ses parents. Sa mère a beau s’informer de lui, elle
(1) Saint Vincent de Paule.
(2) Bélhenconrt, fondateur des belhléemites.
(3) Énéide, I, 634.
(4) Les frères de la Charité, en demandant l’aumône pour leurs malades, disent à ceux à quiils s’adressent: i Frères, faites du bien aux malheureux. » Fale ben, fratelli.