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[2] (1845)
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HISTOIRE ET COSTUMES

Nest-ce pas un pauvre prêtre (1), qui avait gardé les troupeaux dans sonenfance, et qui, de plus, avait partagé les fers des chrétiens captifs chez lesbarbares dAfrique?

Nous verrons aussi, plus tard, un pauvre aventurier (2), réduit pourvivre à raccommoder de vieux habits, fonder un ordre hospitalier dans lenouveau monde, comme pour expier, par un tel bienfait, les maux faits àces contrées par dautres aventuriers venus avant lui.

Il sera donc éternellement vrai de dire :

Non ignara mali, miseris succurrere disco (5).

Nous allons parler dun autre ordre, dont la naissance est due à unhomme pauvre, inconnu, illettré, obligé aussi de garder les troupeaux etde courir mille aventures pour lutter contre la misère : un homme dontla vie, presque tout entière, a été un tissu dévénements pour ainsi direromanesques. Nous voulons parler de saint Jean de Dieu, qui a fondélordre des hospitaliers de ce nom; ordre utile, qui sest propagé enEspagne ( il est), sous le nom de frères de ï Hospitalité ; en France,sous celui de frères de la Charité; et en Italie, sous celui de Fate ben,fratelli, ou ben fratelli (4).

Racontons la vie extraordinaire du fondateur de cet ordre.

Jean naquit dans un village du Portugal, du diocèse dEvora, en 1495,de parents peu aisés, mais qui lui inspirèrent des sentiments chrétiens :cétait le seul bien quils pussent lui laisser.

Peut-être eût-il pu vivre heureux près deux, en partageant leur médio-crité; mais dès lâge de neuf ans souvrit devant lui une longue carrièredaventures, quil parcourut pendant trente-six ans, luttant contre linfor-tune, et exposé à mille dangers.

Il navait pas dix ans, quentendant parler de la beauté des églises enEspagne, et surtout à Madrid, lenvie lui prend daller voir ces merveilles,et il part à linsu de ses parents. Sa mère a beau sinformer de lui, elle

(1) Saint Vincent de Paule.

(2) Bélhenconrt, fondateur des belhléemites.

(3) Énéide, I, 634.

(4) Les frères de la Charité, en demandant laumône pour leurs malades, disent à ceux à quiils sadressent: i Frères, faites du bien aux malheureux. » Fale ben, fratelli.