CONGRÉGATION DE SAINT-JEAN DE DIEU.
On doit remarquer que les établissements les plus utiles à l’humanitésouffrante, les conceptions les plus philanthropiques, ne sont jamais partisdes hauts rangs de la société, de ceux qui possèdent, par leur fortune, lesmoyens de les produire.
Les gens riches semblent placés à une hauteur d’où ils n’aperçoiventplus les souffrances des hommes. Accoutumés aux jouissances de la vie,on dirait qu’ils n’ont aucune idée des maux qui l’accompagnent, et que,parce qu’ils ne souffrent pas, personne ne doit souffrir.
Vous voyez quelquefois l’homme riche jeter dédaigneusement l’aumôneau pauvre qui l’importune, mais c’est pour se débarrasser de lui, et nulle-ment par sympathie pour sa misère. Qu’un homme mal vêtu tombe sur lavoie publique, atteint de quelque douleur subite ou victime de quelqueaccident, ce ne sera pas le passant bien mis, le riche traîné dans un charélégant, qui ira au secours du malheureux : il s’arrêtera peut-être unmoment, demandera ce que c’est, détournera la tête, et continuera sonchemin. Ce sera un pauvre ouvrier, un petit marchand qui s’empressera,comme le Samaritain, de relever son semblable et de lui prêter assistance.La fortune endurcit le cœur et produit l’égoïsme.
Il faut avoir été malheureux, ou au moins être né, pour ainsi dire, surles confins du malheur, et se trouver par sa position sociale sur les limitesdes classes nécessiteuses, pour connaître leurs souffrances et savoir enapprécier la rigueur.
N’est-ce pas un petit gentilhomme languedocien, Jean de Matha, qui,le premier, trouva le moyen d’arracher aux infidèles les malheureux chré-tiens qui languissaient dans leurs bagnes? Qui a couvert la France d’éta-blissements de charité, pour secourir toutes les espèces de misères?