DES ORDRES RELIGIEUX.
9
geurs qui y passent? Les religieux seuls étaient capables de suppléer audéfaut de police, chose inconnue alors.
Ces religieux hospitaliers portaient, en France, le nom d 'hospitaliers deSaint-Jacques du Haut-Pas , du nom d’une paroisse qui existe encoreaujourd’hui à Paris, et qui, dans l’origine, était la chapelle de l’hôpital deces chanoines. Ils dépendaient du grand hôpital de même nom établi àLucques, en Italie, où résidait le grand maître de cet ordre, qui était chargéde veiller à la sûreté des voyageurs qui allaient de Florence à Rome, etdont la maison était construite sur l’Arno.Cet ordre avait un commandeuren France; car tous ces hospitaliers, comme les antonins et les hospita-liers d’Aubrac, avaient des commandeurs. On le voit par l’épitaphe qu’onlit dans l’église de Saint-Magloire, à Paris, d’un sieur Antoine Canu, qua-lifié de commandeur général de Saint-Jacques du Haut-Pas, en France.
C’étaient donc des religieux de cet ordre qui aidaient à passer le Rhôneen différents endroits, au moyen de bacs ou bateaux qu’ils conduisaienteux-mêmes, offrant même au besoin l’hospitalité aux voyageurs dans leursmaisons. Il est très-possible, et même probable, que, pendant les sept ansqui furent employés à la construction du pont d’Avignon, il se soit établià côté, pour aider à la bâtisse et ensuite à l’entretien et à la surveillancede cet ouvrage, un hôpital de cet ordre, et que saint Renezet s’y soitengagé lui-même, et, malgré sa jeunesse, en ait été le supérieur, car, commedit Roileau,
la haute sagesseN’est point le fruit tardif d’une lente vieillesse.
Ce qui porte à le croire, c’est que, par un acte de l’an 1180, un certainRertrand de la Garde vend et transmet le droit qu’il a sur le port du Rliôueà Avignon, Fratri Benediclo procuratori, cœterisque pontis fratribus.
L’essai fait à Avignon ayant réussi, en fit tenter d’autres. Les hospi-taliers établis plus bas, dans un endroit qu’on appelait Maupas (mauvaispas), sur la Durance, y construisirent aussi un pont, et dès lors cetendroit prit le nom de Bo7ipas. Il y avait là une chartreuse avant la révo-lution de 1789.
Ces deux exemples portèrent d’heureux fruits. Les habitants de Saint-Saturnin du Port, sur le Rhône, voulurent les imiter. Pour cela, les
ii