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HISTOIRE ET COSTUMES
rahle, qui, se traînant avec peine, appuyé sur un bâton, vint trouverl’archevêque d’Avignon pendant qu’il prononçait, dans sa cathédrale, unsermon pour rassurer son peuple effrayé d’une éclipse de soleil, et que cefut devant tout ce peuple qu’il lui parla du pont qu’il voulait établir, dela part de Dieu, sur le Rhône : c’est la vue de ce respectable moine quiélectrisa l’esprit des Avignonais et les engagea à construire le pont. Il ditensuite que le nombre de douze assigné à son âge est une fiction ima-ginée par les moines, comme celui des douze apôtres, des douze signes duzodiaque, des douze mois de l’année, nombre sacramentel qui marquaitl’excellence des vertus du saint personnage qui se présentait à l’archevêqued’Avignon. Mais que peuvent toutes ces savantes rêveries contre unetradition immémoriale et. des actes authentiques conservés dans lesdépôts publics? Baillet prouve, d’ailleurs, que l’hôpital construit à Avi-gnon est postérieur à la pose des fondements du pont, et que les reli-gieux qu’on y plaça n’y étaient que pour veiller à l’entretien de ce monu-ment.
Il paraît que ces religieux étaient ceux d’une espèce d’ordre de cheva-liers, qui existaient déjà en France et en Italie, établis sur quelquesrivières qui manquaient de ponts, et qui y tenaient des bacs ou des bateauxau service de ceux qui devaient les traverser.
Depuis que les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem avaientdonné l’exemple de fournir des escortes aux pèlerins qui venaient visiterles saints lieux, comme aussi les chevaliers de Saint-Jacques de l’Epée quiprotégeaient, contre les Mores, les fidèles qui allaient à Compostelle,d’autres ordres de chevalerie de même genre s’étaient formés en d’autreslieux pour être utiles aux voyageurs, et surtout aux pèlerins; car cetteépoque était celle des pèlerinages de la terre sainte. Les uns y allaient parsimple dévotion, les autres en vertu d’une pénitence qui leur était enjointe.Dans les villes mêmes on fondait des hôpitaux pour y loger pendant plu-sieurs jours gratuitement les pèlerins qui y passaient (1). N’avons-nouspas encore un reste bien précieux des monuments de cette philanthropiechrétienne dans ces bons religieux du mont Saint-Bernard, placés ensentinelles sur les glaciers des Alpes pour veiller à la sûreté des voya-
(I) l.’hôpilal Sainl-Nicolas rie Rruxelles, donné, en 1253. aux frères sachets, avait étéfondé pour loger et nourrir les pauvres voyageurs.