DES 01ÏDKES RELIGIEUX.
Pontem indignai us Araxes. Il va donc à Avignon et expose à l’archevêquede cette ville le projet qu’il inédite. A la vue de cet enfant, le prélat, aussisurpris que le fut Saiil quand le jeune David vint s’offrir à lui pour com-battre un géant, le prit pour un insensé et le renvoya à un des magis-trats de la ville, devant lequel le jeune berger exposa la mission qu’il disaitavoir reçue de Dieu pour le bien-être des habitants de son pays. Il réussità se faire comprendre ; le bruit s’en répandit dans la ville, et un mouve-ment général et spontané s’empara de tous les esprits. Chacun voulutcontribuer à cette entreprise, dont le jeune Benoît se déclara le chef.
Ce pont, dont il ne reste plus aujourd’hui que quatre arches, en avaitdix-neuf quand il fut construit. Le jeune architecte put à peine en voir lafin, puisqu’il mourut en 1184, à l’âge de dix-neuf ans. Les Avignonais,par reconnaissance, l’enterrèrent dans une chapelle bâtie sur une des pilesdu pont.
Aujourd’hui on élèverait une statue à l’auteur d’un pareil projet. Maisalors, rendant justice aux vertus du jeune berger, aussi pieux qu’habile,l’opinion publique le plaça au rang des bienheureux, et le berger Benezetest aujourd’hui le patron des Avignonais, comme la bergère Geneviève estla patronne des Parisiens.
Cinq cents ans après sa mort, le corps du saint fut retrouvé sans aucunemarque de corruption. Ses entrailles mêmes étaient encore saines, et la pru-nelle de ses yeux avait conservé sa couleur. En 1074, l’archevêque d’Avi-gnon transporta solennellement ce corps dans l’église des Célestins. Cettecérémonie fut, des plus pompeuses : on y voyait l’évêque d’Orange et unegrande partie de la noblesse des environs.
On peut dire de lui, comme on pourrait le dire de Jeanne d’Arc, mortstous deux si jeunes, après avoir fait de si grandes choses: Consummalnsin brevi, explevil lemporn milita.
Deux auteurs ont voulu dépouiller l’œuvre de saint Benezet du mer-veilleux qui l’entoure. L’un (I) prétend que Benezet avait fondé près d’Avi-gnon un hôpital dont il était le supérieur, et que c’était à la tête de sesreligieux qu’il aurait construit cette merveille.
L’autre (2) soutient que ce n’était pas un berger, mais un vieillard véné-
(1) P. Théophile Raynaud, jésuite.(i) Monge Agricol.