DES ORDRES RELIGIEUX.
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Deux ans se passèrent de la sorte, au bout desquels Colombini et soncompagnon virent venir à eux quelques personnages 'qui demandèrent àpartager leurs bonnes œuvres.
On vit alors dans les rues de Sienne une troupe de philanthropeschrétiens cherchant les pauvres, chantant des cantiques pieux, exhortantles pécheurs à la pénitence, et ayant sans cesse à la bouche le nom deJésus-Christ, d’où leur est venu le nom de jésuates, sous lequel ils sontconnus.
Le nombre des disciples de saint Colombini montait déjà à soixante etdix, deux ans après sa conversion. Cependant il ne les recevait qu’aprèsdes épreuves assez fortes, et parmi eux se trouva un bon nombre degentilshommes.
Son zèle ne se borna pas à la seule ville de Sienne. Il parcourut aussiles campagnes et se montra dans plusieurs cantons de la Toscane, prêchantpartout la pénitence et opérant de nombreuses conversions.
Il passa, un jour, dans le cours de ses voyages, par un endroit dont ilavait été seigneur, et où par conséquent il était bien connu. Pour réparerle scandale qu’il avait donné par sa dureté envers ses débiteurs, il se fitlier avec des cordes et traîner par ses compagnons dans les rues dece village, tandis que lui-même disait aux habitants : « Voyez-vous» ce malheureux, qui vous a fait tant souffrir, qui vous ruinait par» ses actions, et qui n’avait atfeune pitié de votre misère; qui vousb vendait très-cher de mauvais grain pour en acheter du bon à meilleurb marché! b
Peut-être les raisonneurs de nos jours diront-ils qu’au lieu de donnerà ses anciens vassaux cette scène ridicule, il eût mieux fait de suivrel’exemple de Zachée, en leur payant au quadruple (1) le tort qu’il leuravait fait. Ces idées sont les nôtres, et sans doute elles sont très-bonnes.Mais au temps où vivait saint Colombini, on pensait autrement. Cent ansavant lui, saint François d’Assise avait donné le premier à toute l’Italiel’exemple du dépouillement absolu de toute propriété, et avait fait trouversublime la résolution de ne vivre que d’aumônes. Cette manière de sesanctifier paraissait alors la meilleure. La dévotion a aussi quelquefois sesmodes. On a vu un temps où de bien grands pécheurs croyaient expier
(1) Si quid aliquem defraudavi, reddo quadruplum. (Luc, ch. XIX, v. 8.)
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